Il faut se rendre à l’évidence au cœur de cette crise sanitaire le mot qui traverse toutes les conversations est certes de saison à quelques semaines près mais de plus en plus galvaudé : le masque va et vient. Il n’est pas arrivé ici. Il est demandé là-bas. Il est indispensable pour les uns. Sans intérêt pour d’autres. Il se porte massivement dans une partie du monde. Il ne semble avoir que peu d’intérêt ailleurs. Il est impossible de s’en passer face au danger mais on en cherche partout en vain. 

En fait il obsède tous les pouvoirs en place et devient l’objet de tous les désirs et de toutes les préoccupations. Tellement recherché de par le monde qu’il est convoyé par avions spéciaux, escorté par les forces armées, acheté à prix d’or sur le tarmac des aéroports transformé en souk de la protection contre le virus.  Son prix flambe selon le principe fondamental de l’offre réduite et de la demande maximum. Il a déjà envahi les sites occultes de ventes via internet sans que l’on sache la véracité des propositions et surtout leur qualité. Nul ne sait pourquoi certain.e.s en possèdent alors qu’ils n’en ont pas besoin quand il en manque en première ou en seconde ligne.

Le coronavirus a rendu à un mot de dérision, le masque, une noblesse particulière. La France a démarré la chasse à cette denrée rare avec retard et donc les annonces de millions plus de milliards se succèdent chaque jour comme pour faire oublier que les placards étaient vides. Le sujet occupe les antennes des télévisions à longueur de journée de confinement. Il est vrai que comme en toutes circonstances tragiques il est véritablement difficile de déterminer des priorités pouvant satisfaire tout le monde et donc le débat est interminable.

La pénurie génère des mécontentements, des impatiences fortes, des protestations vives face au danger. C’est logique et compréhensible. Et nul ne saurait critiquer les acteurs de la vie sociale désireux de se protéger et plus encore de se prémunir d’une contamination qu’ils pourraient apporter aux autres. Le vrai problème c’est qu’en période de pénurie et de demande forte il devient impossible de contenter tout le monde en même temps.

Bien évidemment ceux qui sont sur le terrain au contact des besoins ne comprennent pas que la situation qu’ils jugent urgente ne soit pas réglée en quelques minutes. Les stocks apparaissent, disparaissent, se répartissent ou se concentrent. Comme sur les places boursières le cours du masque fluctue et les spéculations vont bon train. Il n’y a pas de profits honteux.

Des insultes, des menaces, des comportements violents se développent contre les personnes détentrices du pouvoir de répartition. On en arrive aux cambriolages et aux vols massifs au point que l’armée soit contraintes de se déployer pour protéger des lieux d’habitude beaucoup moins surveillés.

Le sujet est extrêmement préoccupant et angoissant face à la situation sur le front de tous les intervenants d’un système de santé que l’on envoie sur le front sans leur permettre de sécuriser leurs interventions. Leur engagement n’en est que plus méritoire et admirable mais plutôt que de se voir parer du titre de héros en blouses blanches ils aimeraient vraiment qu’on leur offre le titre de « femmes et hommes de devoir » œuvrant au bien commun dans des conditions morales et matérielles conformes aux règles de sécurité. Malheureusement nous restons, même en période aussi sombre que celle que nous connaissons, soumis aux règles de l’ultra libéralisme mondialisé. Pour avoir fait confiance à des porteurs masqués du tout économique les peuples payent l’addition.

La valeur essentielle est en effet désormais mercantile et plus du tout humaine. Le prix d’une vie et le prix d’un masque ne sont pas apprécié de la même manière en un monde rongé par le profit et le productivisme exacerbé. Ce ne sont pas des mots c’est la triste réalité mise à nue par une crise dont nul n’est vraiment apte à jauger l’impact global.  Les masques tomberont de visages épuisés par les efforts déployés pour sauver d’autres femmes et d’autres hommes frappés au hasard par un ennemi invisible. Ils demanderont en face, à visage découvert, les yeux dans les yeux, je l’espère, des comptes à des pouvoirs n’ayant pas été en mesure de les protéger. 

Un jour les masques tomberont… avec peu d’espoir de connaître la vérité. Il en a toujours été ainsi dans les « guerres » où la victoire rend indulgent avec les responsabilités réelles de ceux qui les ont conduites. Le bal masqué a débuté sur le thème : c’est pas de ma faute c’est de la faute de l’autre ! N’empêche que le jeu de rôles devient indigne et finira en tragédie !