De ma fenêtre de confiné de plus de 70 printemps devenu potentiellement libérable par un communiqué du chef de l’état-major de l’ex-guerre contre l’ennemi invisible, j’observe que le monde nouveau n’est pas encore né. Il continue à être gouverné par l’instrument essentiel du moment : la calculette. La crise sanitaire a rendu la statistique reine du monde. Partout, dans tous les pays, des calculs récurrents servent à rassurer ou à affoler la population. La publication, selon les fuseaux horaires, du décompte morbide des victimes d’une pandémie dévastatrice constitue désormais un rituel médiatique.

Si le certificat d’études primaires existait encore, les auteurs des fameux problèmes sur les cuves qui se remplissaient et se vidaient dans le même temps auraient trouvé une source d’inspiration dans cet événement sanitaire exceptionnel. Les principes guidant les annonces officielles quotidiennes restent en effet les mêmes. On a des entrées et des sorties, des échecs et des réussites, des plus et des moins, des soustractions et des additions pour dégager un résultat général qui sort des calculettes officielles chaque soir.

Les chiffres bruts en augmentation constante sont tempérés par d’autres qu’il faut retrancher pour obtenir un résultat plus ou moins rassurant parfois appuyé par un graphique. Des dizaines de paramètres ajoutés à la base de calculs permettent de complexifier les éléments d’appréciation. Des pourcentages s’ajoutent au communiqué de base pour appuyer la nécessité de se tenir confinés. Ils reposent sur des constats décalés récoltés sur des semaines déjà dépassées et l’exercice se voulant transparent s’opacifie quelque peu. On catégorise les morts ou les survivants. On statistice froidement (c’est le cas de dire) la fin de vie.

D’ailleurs chaque pouvoir tente de tirer bénéfice de ces évolutions chiffrées. On assiste (et la polémique va s’amplifier) à une bataille de chiffres sur les décès. Il se murmure par exemple de plus en plus que les bouliers traditionnels chinois aient été ressortis pour vérifier les opérations effectuées par des ordinateurs pourtant réputés performants. Les préposés à la vente des urnes funéraires de Wuhan, même en comptant sur leur doigts, arrivent en effet à des résultats en nombre de victimes bien différents de celui des autorités politiques. Une erreur de programmation.

Au Royaume-Uni (pas tant que ça) le gouvernement qui bombait le torse face à la maladie, a décidé que les personnes âgées qui mourraient en structure spécialisés n’entraient pas dans le résultat final. le vieil anglais n’a pas à être côté. Remarquez qu’en France les staistiques ont mis pas mal de temps avant de faire apparaître les strcutures médico-sociales dans elquelles il ne sa passait rien pusiqu’on n’avait pas de masques à fournir au personnel. Aux USA on fait confiance aux intégristes de tous genres ou à la CIA pour endiguer les chiffres affolants de la propagation de la mort.

Il suffit alors au pouvoir ne pas avoir ou de casser sa calculette pour obtenir ce que il souhaite afficher et ne pas voir la dure réalité. Il existe même des pays notamment en Afrique notamment qui, n’ayant pas les moyens d’acheter un instrument de calcul et d’avoir els données, ne parle pas de la pandémie. Il y a donc les gens qui comptent et ceux qui ne comptent pas, ceux qui comptent pour régler leurs comptes et ceux qui ne comptent pas pusique dans la case pertes et profits !

On se noie aussi de plus en plus dans les dizaines, les centaines voir les milliers de milliards sortis des coffres-forts virtuels des banques dites centrales. Le FMI appuie sur la touche « pause » de certaines sommes dues et certains appuient généreusement sur « annulation » des calculs antérieurs des dettes. On annonce des pourcentages évaluatifs minorés de la chute du PIB ou de la croisance et on complète par des prévisions sur des conséquences économiques chiffrées de manière globale. En revanche rien sur la croissance massive de la pauvreté et même de l’inhumanité galopante !

Toute la journée les calculettes ajoutent du fric au fric enlèvent du fric au fric, comptablisent des masques virtuels ou des taux de TVA sur le gel hydroalcoolique alors qu’en soirée brutalement elles basculent sur la vie et la mort de femmes et des hommes qui ne pourront plus se donner la main à travers le monde.

Le médecin général en chef préoccupé par notre santé aux allures de maître de cérémonie de funérailles s’installe alors dans le rôle de l’instituteur de la troisième République expliquant aux élèves béats les données des évolutions des morts, des mal en point, des moins al en point et des sauvés (provisoirement dit-on maintenant). Et à la fin il faut comprendre que ça va mieux tout en allant le moins mal possible ce qui ne veut surtout pas dire que ça va bien sans aller trop mal quand on se compare à ceux qui vont plus mal que nous. C’est ce que l’on finira pas appler le jugement de Salomon, celui d’un docteur en mathématiques qui devrait rejoindre Bercy le plus vite possible comme porte-parole de Darmanin sur les impôts.

Dans le fond celles et ceux qui le regardent ou l’écoutent ont toutes les raisons de se réjouir car, s’ils sont en mesure de regarder c’est qu’ils ne sont pas dans les chiffres annoncés.

Derrière ma fenêtre sur la rue les chiffres sont aussi omniprésents : les femmes et les hommes que je vois, font patiemment la queue pour cocher des chifres sur des tickets de loto avec l’espoir d’avoir besoin d’une calculette pour compter les millions qu’ils vont gagner !