Confinavirus (46) : j’en ai plein le dos

De ma fenêtre sur le monde masqué j’ai bien senti que le déconfinement était bel et bien anticipé en Gironde. Ce matin le marché était parcouru en tous sens par ses fourmis acheteuses, cet après-midi les automobilistes sûrement avec des dérogations très authentiques ont défilé sans cesse dans la rue, les gendarmes sont venus faire un tour au bureau de tabacs pour vérifier que tout le monde y venait pour des achats de première nécessité. La vie d’avant revient et on sent bien que les gestes barrières ne résisteront pas plus que les neiges au soleil d’été. C’est agréable et inquiétant d’autant que mon poste d’observation se rétrécit pour des raisons indépendantes de ma volonté.

Depuis hier j’en ai en effet plein le dos avec en plus du mal à digérer. Le toubib très peu sollicité en ce moment et n’ayant vu sur Créon qu’un seul cas avéré de Coronavirus pense qu’il y a une partie de somatisation dans ces maux qui m’empêchent d’avoir un œil aiguisé sur la vie sociale. Il est vrai que 55 jours de résidence surveillée c’est un peu long… surtout quand depuis 50 ans on est dans l’action. Le verdict médical (et non pas sanitaire) est sans illusion : il m’est vivement recommandé de patienter encore quelque temps. Le cardiologue, que je verrai ce jour, aura le dernier mot.

Mes téléconsultations ressemblent étrangement à celles que je peux regarder sur ces « plateaux » où les « je sais tout et certainement rien » énoncent des constats et des analyses à géométrie variable. Que doivent conseiller les toubibs de terrain à leurs patient.e.s à part des consignes de prudence dans un contexte où même si le vert est de mise sa durée reste incertaine ? Devant l’écran d’un côté ou de l’autre, il manque quelque chose !

« Je n’ai jamais été formé à cette médecine et il me manque dans certains cas l’auscultation ou la vision de la personne dans sa globalité. Il faut une attention différente. Quand un patient est face à vous, vous détectez souvent des signes cliniques secondaires que l’on ne perçoit pas sur le visage. Le dialogue n’est pas le même ! Je suis certain que c’est l’avenir mais il faut être très prudent : rien ne remplacera le face-à-face physique » m’a expliqué le généraliste masqué que j’ai rencontré. J’en conviens. L’écran reste un écran qui sépare et qui ne me convient pas nécessairement quand il s’agit de parler de mettre uniquement des mots sur ses maux.

Mon dos aurait bien besoin d’ostéopathie… mais pour le moment c’est impossible. Il me fait souffrir le martyre et même si j’y suis habitué, je ne parviens pas à penser à autre chose. Le Coronavirus exceptionnel dans la vie collective, il n’éclipse pas les problèmes ordinaires de la santé. Justement il est à craindre que ces phénomènes naturels, somme toute assez banals, soient négligés et dégénèrent. Un nerf sciatique, un estomac ou un cœur procurent tôt ou tard quelques ennuis au confort de nos vies que nous pensons inévitablement interminables.

Le virus n’entre pas en ligne de compte dans ce processus que nous souhaitons toutes et tous ignorer. Il n’empêche que durant le confinement les aléas de santé continuent et ils paraissent vraiment ordinaires devant le déferlement de malheur porté par la pandémie. Alors on se planque pour ne pas apparaître comme vraiment un hypocondriaque qui s’ignore. Le virus et rien d’autre !

Par ailleurs les dégâts psychologiques de ce confinement ne seront jamais quantifiables. La privation de liens familiaux intergénérationnels, d’amitiés partagées, de moments collectifs d’échange, de rencontres d’enrichissement culturel ou sportif, de volontés de construire matériellement l’avenir aura ces conséquences au moins aussi importantes sur les sociétés traversées par le coronavirus. Le temps perdu ne se rattrapant jamais dans ce domaine comme dans bien d’autres beaucoup plus concrets les brèches ouvertes dans le bien vivre ensemble? ne se refermeront pas facilement.

La crise sanitaire enchaînant sur une crise économique puis sur une crise sociale et finalement sociétale aura accentué et continuera encore durant des années à accentuer, les inégalités, les fractures, les défaillances globales. Tous les symboles républicains de l’action de soutien à la fraternité, à la liberté et à la solidarité ont été érodés ou détruits depuis des décennies. La santé, l’éducation, la justice, la sécurité, la mobilité ne sortiront pas indemnes de cet épisode.

Toutes les promesses de reconstruction qui ne reposeraient que sur la remise à flot financière des structures antérieures, sont vouées à l’échec. Mais comme j’en ai plein le dos… et par ma fenêtre sur le monde je ne perçois pas d’autre envie que celle de « revivre comme avant » !

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5 réponses à Confinavirus (46) : j’en ai plein le dos

  1. Philippe Conchou dit :

    Mal au dos, mal du siècle.
    La psychologie a bon dos (si j’ose écrire), voiture, bureau, avion train etc et aussi des restes de sport pratiqué sans échauffement, tout cela se paye un jour.
    Ostéo, marche, ceinture et surtout pas d’inactivité physique, ça ne guérit pas mais ça soulage.
    Quant au confinement, c’est déjà du passé, voitures, camions, motos bruyantes et avions dans le ciel tout y est, y compris l’absence quasi totale de masques dans les magasins.
    Comme d’habitude les profiteurs profitent, grâce au chômage partiel, l’état va financer les salaires de gens qui n’ont jamais arrêté de travailler, en télétravail en général, plusieurs exemples autour de moi , la plupart cadres.

  2. JEAN-PAUL FERMOT dit :

    Salut mon ami
    Tu peux essayer cela
    sfmm.fr
    Si tu veux on peut en parler plus par MP
    Cdt

  3. J.J. dit :

    C’est vrai que ce confinement se fait pesant, surtout pour des gens comme toi qui ont perdu le contact social, alors que ce fut le fondement de ton action. Même moi, vieil ours des cavernes, depuis longtemps un peu coupé de la vie sociale, je ressens cette insidieuse pression, qui fatalement a une influence sur le moral comme sur le physique.

    Sans aller jusqu’à évoquer, comme le président dans ses pompeux et redondants propos, un état de guerre, cette situation me rappelle dans de brumeux souvenirs, des moments de ma tendre enfance (enfin pas si tendre que ça …) où les familles, les amis, les relations professionnelles furent coupées du jour au lendemain par la ligne de démarcation. Et nous avions à supporter la présence pesante des « verts de gris ».
    La défiance en vers le voisin ou le passant étaient de mise(et parfois à juste raison).
    Rappel de comportements où l’égoïsme de certains ( stockage de provisions, marché noir éhonté par exemple) contraste avec le dévouement des autres.
    Il n’est pour nous rappeler cette sinistre période, que l’instauration des « Ausweiss », dont la validité a été parfois l’objet de contestations tatillonnes et vexatoires.

  4. Puyo Martine dit :

    Bonjour Jean-Marie,
    je sens du découragement, de la lassitude, de l’anxiété et de la douleur chez toi. Il faut te reprendre, profites du beau temps pour te réchauffer au soleil pas dans la position du lotus mais dans celle du chat qui s’étire, les pattes avant très tendues loin du corps et la croupe relevée. c’est très efficace, mais gardes la position quelques mn.
    moi aussi j’ai des moments gris, parfois noirs, mais quand le soleil revient le moral s’améliore. je n’ai pas vu mes fils depuis février, et je n’ai pu aller auprès de ma fille, en Provence, pendant son traitement contre son cancer du sein. c’est très dur pour moi, me retrouver seule après deux décès de très proches. il y a plein de personnes dans mon cas, alors je fais avec.
    courage Jean Marie, j’attends tous les jours Roue Libre et tes petites pensées du matin. n’oublies pas que tu as ton épouse’ auprès de toi pour t’aider à retrouver le moral.
    bonne journée

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