De ma fenêtre de confiné légèrement plus mobile j’ai une pour septième semaine consécutive constaté l’influence de la loi du marché qui s’impose chaque mercredi matin, à Créon. Sous les parapluies, avec des cirés ou des chapeaux étanches, harnaché.e.s manière vieux loup de mer ou insouciants façon Gene Kelly, les chalands masqués se sont majoritairement bien comportés autour des commerces de plus en plus nombreux. Le déconfinement n’a pas véritablement changé les habitudes. Seuls les masques changeaient la donne.

Ah ! Les masques ! On peut se demander s’ils ne sont pas devenus plus importants dans le débat que le virus lui-même et les solutions médicales que tout le monde attend. Et, bien évidemment le jeu de la patate chaude devient au fil des jours le mode de fonctionnement social le plus pratiqué. Dans la mesure où l’État a dissimulé ses insuffisances en matière d’équipements de protection on a assisté à une course effréné des collectivités territoriales pour combler ce vide. Elles ont mis en œuvre avec les deniers publics le principe clé du libéralisme européen : la concurrence libre et non faussée !

La loi du marché à laquelle elles ne sont absolument pas habituées a conduit à rivaliser pour savoir qui offrirait à la population le cadeau somptueux que serait le masque du quotidien.

Selon la théorie actuelle a vite été mise en œuvre l’offre… Tout ce qui était disponible a été acheté à prix d’or pendant que les structures capitalistes des grands groupes de distribution préparé en douce à la demande des gouvernants le stockage de tout ce qui était disponible. Elles ont surgi ensemble et sans se faire concurrence mais avec moult publicité dans le paysage en ouvrant partout la vente la veille du jour où un texte réglementaire (le 5 mai) fixait les critères légaux pour les importateurs. Tant pis pour les consommateurs qui se sont précipités le lundi matin pour acquérir le fameux masque en tissu désormais non conforme…ou tout au moins ne répondant pas aux exigences de protection définie au niveau européen.

Dans leur compétition pour trouver les précieux « cache nez ou ferme bouche » les collectivités locales ont découvert le jungle impitoyable que constitue la sacro-sainte règle de la raréfaction de l’offre pour faire monter les prix des demandeurs… Elles sont démunies face aux entourloupes permanents du milieu économique ravi par l’aubaine ! Retard de livraison pour servir le plus offrant en priorité, fabrication de mauvaise qualité avec l’espoir que l’urgence fera passer la malfaçon, changement de prix en cours de fabrication : le masque est devenu une matière première permettant de réaliser des profits confortables pour les fabricants.

Il existe même un trafic parallèle sur cet outil anti-projection avec des vols de camions ou des cambriolages d’entrepôts. La mafia en Italie et ailleurs a perçu que le créneau pouvait être lucratif sur le moyen terme. Les ventes de cigarettes grâce à quelques fuites pseudo-médicales et à l’ennui du confinement a augmenté de 27 %. Et comme les frontières sont fermées l’approvisionnement externe devient difficile. Un transport ravitaillant 14 départements a ainsi été délesté de son contenu.

La pénurie institutionnelle a généré un phénomène économique révélateur de la manière dont fonctionne notre société. La disparition sur des secteurs économiques essentiels de l’État régulateur a provoqué cette situation pour le moins dangereuse. La France est en effet soumise à un approvisionnement massif extérieur. Les entreprises de l’économie sociale et solidaire non-délocalisables ont pu compenser avec la solidarité locale citoyenne, la débrouille personnelle, les besoins de collectivités de petite taille. Mais il s’agit d’une goutte d’eau dans les besoin évaluée toutes catégories confondues à plusieurs milliards sur le moyen terme.

La loi du marché s’applique plein pot dans cette période. Les prix des denrées essentielles ne semblent pas prendre le chemin d’une baisse. Les légumes et les fruits, le poisson par exemple sur la Place de la Prévôté ce matin avait connu depuis la semaine dernière une hausse significative. Là-aussi c’était perceptible : il fallait faire jouer la concurrence. Les factures d’eau et d’énergie feront un bond au début de l’été ! L’évaluation de la dépense hebdomadaire en masques se situerait pour une famille ayant un enfant collégien à 120 € en moyenne par mois selon 60 millions de consommateurs.

De ma fenêtre j’espère sincèrement que la frénésie du masque baissera d’un ton la semaine prochaine… mais ça m’étonnerait !