Le déconfiné ensoleillé comme bien d’autres n’avait pas retenu une fenêtre avec vue sur la plage en ce jour « fait rien » permettant de se construire un pont sans télé-travail et sans visioconférence. Rien de bien sensationnel au menu alors je me suis transformé en Sarkozy puisque j’ai « karchérisé » une partie de la cour intérieure de mon domicile.

Les pieds dans l’eau fraîche et la tête au soleil j’étais en position dynamique pour éviter toute culpabilité dans le contexte des exigences sanitaires. Selon les directs réalisés par les chaînes observatrices des comportements de l’opinion dominante cette consigne avait pourtant bien du mal à être respectée.

Le bain de soleil sur la serviette, le pique-nique partagé sur le sable ou le gazon, le pot organisé entre potes, le bronzage discret loin du monde et le jeu du chat à la souris avec les brigades vigilantes chargées de redresser les torts des « immobiles » ont occupé les écrans. Dans les faits les contrevenant.e.s étaient tellement nombreux que prédomine désormais la crainte d’une fermeture des espaces ouverts sous conditions.

Entre celles et ceux qui n’ont même pas (disent-ils) entendu, vu ou lu les consignes de prudence et celles et ceux qui par principe les contestent, il reste une place pour les couillon.ne.s qui portent un masque sous la cagna, qui cheminent sur des kilomètres ou qui font semblant de pratiquer un sport autre que celui de l’apéro. Eux seront les victimes des comportements irresponsables de dizaines de milliers de jeunes et de moins jeunes qui ont ostensiblement ignoré les risques de contamination pourtant réels. Ils consomment croient-ils de la liberté alors que ce n’est souvent que de l’inconscience collective.

Il serait vraiment irréaliste de penser que ce phénomène va diminuer dans les prochains jours et qu’il est spécifique aux plages. De ma fenêtre, toute la journée j’ai en effet constaté que des dizaines de personnes, à 90 % sans protection (on peut s’interroger sur l’efficacité des distributions gratuites) venaient rouspéter devant l’affichette du buraliste… parti en week-end prolongé. Le tenancier n’en pouvait plus de constater qu’il était de plus en plus rare que les client.e.s acceptent qu’il n’y ait qu’une seule personne dans le local et entraient sans respecter le minimum de la distanciation sociale.

Propos peu amènes allant jusqu’aux insultes, déception théâtrale, résignation : un jour férié, même jusqu’à 20 heures les acheteur.teuse.s n’admettaient que difficilement qu’un tel lieu ne soit pas ouvert ! Le déconfinement permet à nouveau d’espérer que le retour au monde, repose sur le retour vers la consommation. D’ailleurs je crains qu’aujourd’hui samedi et le dimanche matin soient encore plus débridés et tendus.

Les cartes bleues vont chauffer et les rues commerçantes, dont on dit qu’elles en ont bien besoin, vont devenir des promenoirs à virus. La revendication d’attribution de masques prend alors sa vraie dimension : les avoir pour souvent, ne pas les utiliser. Le rendre obligatoire dans le quotidien paraît impossible.

Celles et ceux qui revendiquent d’aller partout au nom de la liberté individuelle, qui méprisent les risques qu’ils font courir aux autres, qui hurlent sur des restrictions touchant à leurs loisirs ou leurs passions ne souffrent pas, en effet, les restrictions prises dans l’intérêt général. Ils seront, c’est certain, parmi les plus virulents si les ouvertures concédées sont abandonnées dans les prochains jours.

Il y a fort à parier que ces contestataires de la dangerosité de leur comportement du jour, témoignent d’une volonté forte de ne pas aller voter… car ce serait « trop dangereux » pour leur santé. Combien parmi eux restent en télé-travail pour éviter les contacts dangereux ? Combien de collégien.ne.s ou de parents de ces adolescent.e.s, trouvent que l’établissement scolaire est trop peu sûr pour qu’ils reprennent les cours? combien réclament des masques qu’ils refusent de porter ?

La capacité d’oubli de l’opinion dominante éclabousse la société. Elle transgresse les générations. Elle résulte de la chienlit entretenue par des médias télévisuels ne reculant devant aucune contradiction ou aucune approximation entretenues par les egos de quelques spécialistes rivalisant de propos pontifiants au service d’intérêts difficilement dissimulés. Où est la vérité ? Existe-t-elle ? Qui l’incarne ? Comment la trouver ? Le flottement général résulte de cet étrange mélange entre la crainte justifiée d’une seconde vague et le déconfinement qui suppose qu’elle ne viendra pas. En attendant on s’éclate !

De ma fenêtre sur le monde, je m’interroge sur un été caniculaire potentiel et sur un cataclysme naturel, même plus réduit, que celui qui frappe l’Inde ou le Bangladesh depuis quelques jours…qui s’ajouterait à la crise présente. Réalisme ? Pessimisme ? Catastrophisme ? Je ne sais…