La surface de l’eau « sociale » paraît encore paisible. Tout le monde est encore, selon les médias au plaisir de retrouver les repères du monde d’avant. Lentement on voit apparaître des bulles plus ou moins grosses qui montent du fond de la société. Le RSA s’envole. Le chômage partiel approche de sa fin ou au moins d’une version plus restrictive. Ce monde socialement dissimulé affronte une période très difficile.

La détresse des publics précarisés ou fragilisés, dont certains jusque-à épargnés, monte inexorablement. Les licenciements plus ou moins légaux commencent à apparaître, la vague de retour vers les soins d’urgence monte. Pour le moment les clusters médicaux préoccupent davantage que ceux qui résultent de la défaillance d’un système social mal en point. On a par exemple beaucoup évoqué la détresse des intermittents du spectacle mais on passe sous silence celle des gens rémunérés à la prestation dans d’autres secteurs et qui sont très nombreux.

Des milliers de serveur.euse.s, de maîtres d’hôtel, des chefs de rang qui bossent chez les traiteurs vont par exemple se retrouver sans ressources dans une semaine. Tout l’été ces gens là travaillent à l’heure, à la journée ou à la soirée sur les réceptions d’après-mariage ou des fêtes familiales. Certains sont employés sur les grandes manifestations sportives ou culturelles et actuellement les premiers retours possibles de moments de ce type ne se profile qu’à la mi-août. Ils sont sans solutions car ils n’entrent dans aucune case…de soutien social!

Si certains auto-entrepremeur.e.s ont repris le chemin de leur activité, toutes celles et tous ceux dont les activités sont liées à la vente, à l’animation commerciale, au travail à domicile… plongent chaque jour davantage dans la précarité. Les agriculteurs, éleveurs, viticulteurs, producteurs divers écoulant une part de leur produits directement sur les marchés nocturnes sont dans l’attente de savoir si ces rendez-vous vont reprendre. En attendant ils stockent et attendent des perspectives meilleures… et guettent les opportunités.

Les brocanteurs professionnels traversent également une période difficile car les organsiateur.trice.s hésitent à se lancer dans des journées impliquant une aggravation des consignes déjà extrêmement complexes. Il faut bien dire que beaucoup de particuliers améliorent leur retraite ou leurs revenus en exposant dans ces moments conviviaux à bas prix. Les calendriers se sont éclaircis depuis début mai et le retour à la « normale » ne se profile pas.

C’est toute cette « petite » économie du quotidien basée sur la proximité qui a disparu. Elle remonte peu à peu à la surface sans que des modalités compensatoires officielles puissent être trouvées. La transformation sociale qui s’opère reste pour se moment dissimulée. Elle n’a pas autant d’impact médiatique que les vastes plans de licenciement qui tombent chaque jour. Elle ne suscite pas l’empathie. Ces rééquilibrages sociaux qui existent et sur lesquels il faut parfois savoir officiellement fermer les yeux, s’effritent au fil des jours provoquant un affaissement supplémentaire de petites ressources alatoires qui accentuera la fracture.

Le système associatif tourne par ailleurs au ralenti. J’ai pourtant, avec bien d’autres, déjà maintes fois attiré l’attention sur le fait qu’il constitue l’un des piliers de la construction du « monde d’après ». S’il est oublié comme c’est le cas actuellement par bien des collectivités territoriales (1) alors que l’État obnubilé par la reprise économique oublie que les associations constituent justement un potentiel considérable d’amortisseurs de la crise qui se prépare.

Les volumes de nouveaux demandeurs d’emploi va croître avec trois catégories distinctes : tous les jeunes diplômé.e.s à la recherche d’une première embauche qui sera très hypothétique. Les licencié.e.s que les entreprises ne peuvent (ou parfois ne veulent) pas garder vont affluer après les congés. Enfin on verra vite arriver des gens en quête d’un statut social mais par forcément d’un emploi. On ne sera pas loin du million supplémentaire de personnes supplémentaires à prendre en charge !

Dans la catégorie des situations qui remontent on trouve celles des 18-20 ans, lycéeen.ne.s ou étudiant.e.s qui en été, améliorent leurs finances et soulagent celles des familles les moins aisées, ane effectuant des petits boulots dans la restauration, les centres de loisirs, les équipements touristiques, des remplacements, des stages rémunérés. Cette année ils sont introuvables et même ceux qui en avaient obtenus n’ont aucun espoir de les effectuer.

Tous ces invisibles vont être les plus touchés par la crise. Peu organisés et peu représentés socialement, peu considérés, peu mobilisés ils vont lentement dériver vers un monde parallèle dans lequel l’espoir n’existe plus.

(1) le département de la Gironde a mis en place un fonds de soutien qui ploient sous les demandes.