François Bayrou, nommé Haut commissaire au plan et à la Prospective a le profil parfait pour ce poste. En effet il n’a jamais cessé depuis son arrivée dans le monde politique de préparer des « plans » pour sa survie personnelle. Tel un culbuto il ne tombe jamais donnant le sentiment que son mouvement finira bien un jour par s’arrêter alors qu’il trouve toujours une âme charitable pour le relancer.

Sa force réside dans sa capacité à revenir, avec plus ou moins de difficulté, dans le jeu au fil de ses oscillations politiques qui ont l’avantage d’être réputées centristes alors qu’elles ne sont que des adaptations de celles de la Droite.

Avec une certaine habileté et une science béarnaise du ni…de gauche, ni…de gauche, le Maire de Pau a opté pour une spécialité qui lui rapporte gros : l’appoint au moment opportun aux camps pouvant être victorieux. Cette observation attentive des situations politiques lui permet de « flairer » le bon coup. Il s’est toujours adapté au sens du vent clamant son indépendance alors qu’elle est seulement monnayable en terme d’avantages personnels.

Le voici donc « planificateur » rattaché directement, selon ses exigences, au Palais de l’Élysée avec justement la possibilité d’occuper le devant de la scène sans avoir l’inconvénient d’être jugé sur le présent. L’agrégé de lettres classiques qu’il a été très jeune l’autorise à donner des leçons avec les mots qui comptent et un ton solennel inspiré par les certitudes que donne le savoir abstrait.

En général dans les gouvernements celui qui doit tirer des plans sur la comète a toujours été installé sur une voie de garage. On n’y a retrouvé que des personnalités ambitieuses ou « cramées » mises au placard durant une période plus ou moins longues. Dans la liste on trouve Félix Gouin, Jules Moch aussitôt après la Libération avant qu’apparaissent au fil des arrangements entre gens qui ne se veulent que du bien : Edgard Faure (tiens donc), Robert Buron, Pierre Pflimin, Olivier Guichard, Jean Lecanuet, Gaston Deferre et enfin Jean Arthuis. Que du beau monde en fin de course politique !

Il manque le plus célèbre d’entre tous : Michel Rocard (81-83) qui devait être probablement le plus compétent et le plus convaincu de l’utilité de son rôle. Il suffit de lire les entretiens accordés à cette époque et de les plaquer sur le présent. Ainsi le Ministre d’alors avait diagnostiqué « une crise profonde et durable rendant nécessaire pour la gauche une approche des problèmes économiques en termes de productivité et non plus en termes de redistribution-inefficacité du néolibéralisme pratiqué en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ( chômage, rupture des solidarités menaçant l’équilibre social ) et danger de la « tentation protectionniste ». Ces propos ne sauraient être démentis dans le contexte actuel !

On retient simplement de ce passage dans ce qui n’est qu’un « Ministère de la parole », sans influence réelle sur le cours des événements le lancement des « contrats de plan État-Région » avant que l’évolution de la politique économique au printemps 1982 jusqu’au tournant de mars 1983, dit de « la rigueur », justifie rétrospectivement ses analyses et remette totalement dans le jeu Michel Rocard qui finira par entrer à Matignon.

François Bayrou est assez rusé pour savoir qu’en 2022 les réalités seront bien différentes de celles de la crise actuelle. Il va travailler à préparer simplement un programme lui permettant de prendre plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents potentiels à ce poste de Premier Ministre qui couronnerait sa carrière.

Ne prendre aucun risque, apparaître comme un homme audacieux, ne s’exprimer que sur les sujets faiblement traités par tel ou tel membre du gouvernement, lister les mesures à prendre sans avoir à les assumer, se rendre indispensable pour le futur programme du Président sortant  : voici un Haut-Commissariat intéressant et prometteur en matière d’intrigues ! Nul doute que le Maire de Pau, non soumis en raison de son titre honorifique, à la règle sur le cumul des mandats, saura s’y épanouir.

Le jour où le gouvernement dévoile son…plan de relance, on envoie le « loup des Pyrénées » dans la bergerie macronienne.  Mis en examen le 6 décembre dernier  pour “complicité de détournement de fonds publics” il a considéré que “c’est l’exécutif qui est concerné par cette règle. Mais par chance (sic), je ne suis pas dans l’exécutif. Ce n’est pas un poste de ministre”,en ajoutant qu’il avait “choisi d’exercer cette fonction gratuitement, sans rémunération”. Ce commisaire a vraiment une formation de lettres classiques…