En un demi-siècle d’engagement dans la vie publique j’ai vécu des dizaines de soirées électorales dans lesquelles j’étais directement impliquées ou que je suivais par procuration. Elles se ressemblent toutes. Les vaincu.e.s tentent par tous les moyens de diminuer leur échec en clamant qu’ils ne s’attendaient pas à mieux et cherchant des « responsables » si ce n’est des « coupables » pouvant expliquer leur échec. C’est la règle du jeu. Les pouvoirs en place accumulent parfois des désillusions mais affichent un sourire en affirmant « même pas mal ».

Les vainqueurs ravis de leur élection s’inscrivent dans la même lignée ne se posant pas la moindre question sur leur score. L’essentiel c’était de gagner et il est inutile de bien réfléchir sur la nature du succès. Toute personne qui se risquerait, dans un cas comme dans l’autre de se montrer critique au sens noble du terme passera rapidement pour un rabat-joie ou un envieux aigri. Le plus important reste pourtant la capacité que l’on peut avoir à lucidement examiner les résultats.

Les législatives partielles de ce week-end seront également présentées comme un échec cuisant pour la majorité en place. Il y a eu des vainqueurs heureux du verdict de ce scrutin. Et on oubliera que le plus dramatique se situe dans le niveau du refus des électrices et des électeurs de se déplacer pour accomplir ce que n’est plus du tout « leur devoir de citoyen.ne.s ». Approcher les 80 % d’abstention relève de la catastrophe démocratique.

Il y a eu des sénatoriales. C’est plus feutré moins problématique en terme d’adhésion au scrutin. Le vote étant obligatoire pour celles et ceux qui ont accepté la charge de représenter leurs collègues des conseils municipaux on ne peut pas mesurer la mobilisation réelle. Elle se traduit cependant dans un éparpillement des voix sur une échiquier qui ne se modifie que lentement.

Le mode de calcul à la proportionnelle totalement illisible pour le commun des observateurs réserve des surprises illogiques puisque parfois des écarts importants de scores ne se transforment pas en sièges. La proportionnelle intégrale n’est pas de mise.

Le Sénat ne changera pas en profondeur. Il restera dans des proportions similaires à des détails près de ce qu’il était avant son renouvellement partiel. Toute réforme constitutionnelle reste totalement illusoire si elle passe par un Congrès et un référendum constituerait un fiasco garanti. Le grad discours du Premier Ministre sur le rôle promis aux territoires n’a eu absolument aucun impact tellement la situation devient compliqué à la base. Il devient illusoire d’espérer un soutien au Président dans les zones urbaines et il se détériore fortement dans les espaces ruraux.

Le « raidissement » du niveau communal devrait interpeller tout le gouvernement sur les mesures liées à la réforme fiscale et à la politique de recentralisation en cours. La Ministre « de la cohésion des territoires et des relations avec el collectivités territoriales » a du pain sur la planche. Sa crédibilité très discutée et discutable ne sort pas renforcée de ce renouvellement partiel.

Elle a fait payer au prix fort à ses soutiens son obstination à vouloir imposer des décisions prises ailleurs et notamment à Bercy. Le vrai mépris vis à vis des associations représentatives des élus a été payé cash !

Les partis traditionnels d’opposition sortent disent-ils ragaillardis de cette journée de votes parlementaires. Ils bombent du torse en pensant que leur avenir s’en trouve modifié alors que les sénatoriales en vase clos ne démontrent pas une résurrection populaire. Ils ont encore un énorme travail pour reconquérir une confiance qui a disparu.

Les analyses ne prendront pas en compte ces réalités de la démocratie directe, celle qui constitue le fondement de notre système républicain. Ce n’est pas en comptabilisant le nombre de membres de divers groupes au sein de la Haute Assemblée que les crises terribles qui se succèdent seront atténuées.

Faute de prendre en compte cette réalité et de s’entêter dans une cheminement contraire à l’intérêt des populations le gouvernement va provoquer une vraie rupture avec le réseau des collectivités territoriales. L’amour déclaré des territoires ne suffira pas à effacer le sentiment d’une mise sous tutelle permanente et renforcée.

Bien plus que les sénatoriales il aurait été souhaitable de se pencher sur les législatives en dépassant le niveau des apparences. Le danger n’est plus théorique il est bel et bien présent. Et ce dimanche en atteste pour celles et ceux qui ne chantent pas les louanges de leur camp. En mars cantonales et régionales ressembleront à une désert démocratiqe mais le Sénat aura repris son train… de vie.