Le 1er juin 1994, Paul Amar anime un débat qu’il présente comme un « match politique » entre Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen à l’occasion des élections européennes. Connaissant le caractère des deux hommes qui pourraient « en venir aux mains », le présentateur prend les devants et leur distribue des gants de boxe…Bernard Tapie renvoie le journaliste dans ses cordes en lui assénant, en réponse à sa provocation, un cinglant : « La politique, c’est sérieux ». Paul Amar a été remercié par France Télévisons après ce dérapage et n’a jamais retrouvé son aura de présentateur.

Il était en fait un précurseur en la matière en voulant transformer il y a plus d’un quart de siècle un débat politique en vrai spectacle attractif car basé sur l’affrontement de personnes et non pas la confrontation d’idées ou de valeurs. Il avait réussi à bâtir une affiche comme en rêve les imprésarios désireux de remplir une salle.

C’est aussi ancien que les jeux du crique et il est certain que ce n’est pas prêt de prendre fin. Le système médiatique veut du « sang », des « cris », des « insultes », des « certitudes » et plus encore des polémiques mais surtout pas de la pédagogie, de l’explication, de l’éducation… car c’est bien connu ça n’intéresse personne.

Toutes les dictatures ont basé la conquête du pouvoir sur l’ignorance et les vérités simplistes toutes faites. Et quand on est attentif à ce qu’il se passe aux États-Unis actuellement on peut vraiment craindre que leur forme de démocratie soit extrêmement menacée.

L’attitude permanente de Trump qui se moque absolument de la vérité la plus élémentaire, qui exacerbe les attitudes les plus triviales ou violentes, qui méprise les règles élémentaires de la vie sociale constitue une sorte de jurisprudence internationale donnant des idées à bien des tenants du pouvoir de par le monde. La confrontation avec Biden a confirmé que l’action publique au plus hait niveau n’a plus aucun lien avec des références idéologiques.

Rien. Absolument rien qui permette à un esprit éveillé, curieux, soucieux de se prononcer sur des contenus d’intérêt général d’avoir un brin de lumière. Le moment essentiel de ce pugilat c’est quand à la fin d’une logorrhée de poncifs totalement surréalistes Trump a douté de l’inutilité potentielle du prochain scrutin : « Cela ne va pas bien se terminer. » Il a laissé planer un fort doute sur son intention de se plier aux résultats de l’élection. Bien plus que son attitude d’exploiteur de la bêtise humaine cette annonce effroyable pour ce que l’on prétend être la démocratie américaine.

Jo Biden a été emporté par ce tsunami d’affirmations d’autant plus péremptoires qu’elles sont fausses ou provocatrices. Accablé par les provocations permanentes de la Maison Blanche il a brisé un tabou en lui demandant au Président de « la fermer ! » ce qui constitue une forme d’abaissement de la fonction alors que c’était l’homme qui était en cause. Ce qui est considéré comme un acte de courage pourrait à terme se transformer en catastrophe puisqu’elle ramène l’un des tenants du pouvoir le plus puissant du monde à une grande gueule de comptoir de bar.

Les média se sont déchaînés dès que le radio-réveil a sonné pour railler un affrontement jugé bordélique. Bien évidemment bien des animateur.trice.s de nos télés-perroquets rêvent d’un tel duo. Ils n’ont en France à mettre sous l’œil de leurs caméras que des confrontations entre Bayrou et Dupont-Aignan, entre Castex et Jacob, entre Bertrand et Faure… ou Pécresse et Borne.

Bernard Tapie est épuisé par son combat, bien plus exigeant contre un cancer, quand papa Le Pen sucre les fraises au sucre brun alors il faudra se contenter dans quelques mois d’un remake de celui palpitant à souhaits de 2017. Imaginons un instant que Bigard ait poursuivi son intention de participer à la prochaine campagne et tout devenait possible !

“Personne n’est sorti vainqueur de ce fiasco.” ce qui remet en cause le principe même de ces pugilats du Far West que les metteurs en scène plaçaient dans un saloon pour voir s’écraser les tables, exploser les bouteilles ou dégringoler les glaces. Il y a toujours des spectateur.trice.s pour ce type de scène et d’ambiance. Il y en a toujours un qui finit étendu sur le plancher ou propulsé dans la poussière ou la boue de la rue.

Les hommes de main de Trump qui se préparent à mener le combat ne laisseront par leur « patron » terminer ainsi et ils sont prêts à tout pour sauver leur Président adepte de l’insurrection permanente destinée à entretenir le désordre et la violence. Les suprémacistes existaient sous une autre forme et une autre tenue en Allemagne avant la dernière guerre mondiale… et les accusations contre les dangereux révolutionnaires de gauche étaient les mêmes. Foutue Histoire !