En fait, une véritable interrogation s’installe sur la logique sanitaire des mesures prises par le gouvernement pour mettre un coup d’arrêt à cette seconde vague prévisible mais non prévue. Elle ronge encore plus la confiance que devraient avoir les citoyen.ne.s dans les responsables nationaux ayant en charge leur sécurité.

Même si on sait que l’union nationale est impossible en France dans un contexte pré-électoral permanent, on en arrive à des situations kafkaïennes après les décisions annoncées en matière de confinement. C’est la pagaille ! 

Il y avait eu les polémiques sur les qualificatifs de la distanciation (« physique » ou « sociale ») ; les contestations sur « l’utilité » ou « l’inutilité » des masques et on a maintenant celles sur les « commerces essentiels » et « non-essentiels ». La fracture entre la réalité locale et les théories nationales s’élargit de jour en jour au moment même où il eût fallu un indispensable resserrement.

Indiscutablement en voulant une fois encore ménager la chèvre économique et le chou sanitaire le gouvernement a manqué son rendez-vous avec l’opinion publique. N’est pas Clémenceau ou Churchill qui veut§ Comment expliquer que dans un village où les commerces de proximité tentent de se sortir d’une situation déjà problématique et alors que leur clientèle maigrichonne leur permet tout juste de survivre, ils soient condamné à fermer car ils propageraient la maladie ?

En quoi une librairie qui voit quelques lectrice.eur.s par jour génère un risque de propagation du Coronavirus ? Que peut-on reprocher à un magasin de prêt à porter dont la fréquentation n’excède pas quelques dizaines de personnes connues et reconnues par semaine ? Pourquoi un commerçant non-sédentaire sera autorisé à vendre des vêtements sur un marché de plein air devant le magasin permanent qui aura été fermé ?

Que peut-on répondre à celles et ceux qui brutalement doivent cesser leur activité professionnelle maîtrisée et respectueuse des consignes quand à quelques centaines de mètres des milliers de clients se pressent dans des grandes et moyennes surfaces proposant des produits de même catégorie ?

Résultat ce qui est « indispensable » devient « insupportable » car les mesures génèrent un fort sentiment d’injustice. Alors, comme dans de multiples situations, les inspirateurs du dispositif  reviennent en arrière sous la pression des groupes professionnels après avoir sciemment avantagé les plus puissants d’entre eux. 

C’est, dans cette affaire, la lutte du « pot de terre local » contre le « pot de fer national ou même international ». Une confrontation largement pipée à l’avance. En effet, dans la situation actuelle où le (la) consommateur.trice est devenu l’atout essentiel pour le redressement du pays par son apport en TVA, il vaut mieux privilégier le « collecteur » principal aux broutilles des boutiques de proximité. La « pompe à taxes » ne saurait tourner dans le vide alors autant donner aux sources les plus importantes le maximum de place en pleine crise.

« Si d’ici quinze jours, nous maîtrisons mieux la situation, nous pourrons alors réévaluer les choses et espérer ouvrir certains commerces, en particulier dans cette période si importante avant les fêtes de Noël », a envisagé le Président lors de son allocution. Selon certaines indiscrétions il aurait eu un accrochage assez vif avec son Ministre de l’Économie qui était opposé à un confinement pur et dur souhaité par l’Élysée.

Le divorce a menacé et on a déniché la solution qui ne contente personne. Le Maire se montre à la fois soucieux du niveau des rentrées fiscales et veut vraiment apparaître comme le défenseur des « petits ». Il a donc confirmé que « dans quinze jours les librairies et tous les commerces pourraient rouvrir » alors que la pandémie sera selon les prévisionnistes à son niveau le plus élevé. Il a estimé par ailleurs que pour soutenir les petits commerces, il fallait « accélérer leurs transformations digitales » (sic).

En fait beaucoup d’entre eux ont pour le moment d’autres préoccupations comme celles de régler les loyers de leurs locaux… et ils attendent avec impatience les mesures annoncées par ce même Ministre sur ce sujet. Ayant épuisé les ressources du crédit temporaire garanti par l’État les très petites entrerisene peuvent pas s’offrir une nouvelle cure d’austérité intégrale.

Ce qui est « essentiel » pour eux ce sera surtout de retrouver leur clientèle envolée vers les grandes surfaces et plus encore sur les ventes par internet où tout est accessible depuis chez soi en respectant le confinement. Et dans certains secteurs (loisirs, culture, sport, événementiel…) il faudra probablement des mois et des mois. C’est un marathon qui débute pour beaucoup. Le problème c’est que pour tenir il faut avoir de l’entraînement et des réserves et ce n’est pas le cas pour beaucoup !