Un drame qui reflète une société affolante

Trois fonctionnaires de gendarmerie ont été tués par un forcené qui avait agressé la mère de son enfant. Une opération similaire à celle que les loups solitaires, genre tireur d’élite, avait été mise en place par un homme que personne n’accusera d’être un « terroriste » puisque sa folie n’est pas liée à une revendication politico-religieuse violente. Et pourtant! Les trois morts et un quatrième blessé, l’ont été lors d’une opération comme les gendarmes en milieu rural en mènent tous les soirs, sans une issue aussi terrible. C’est ce qui doit inquiéter.

Sur de vastes territoires les communautés de brigade en patrouille permanente couvrant des milliers de kilomètres, sont contactées par le centre opérationnel après 19 h, surtout en week-end, de plus en plus souvent, pour des querelles infra-familiales. Disputes violentes entre membres d’une « communauté de vie » ou souvent l’alcoolisme à domicile tient une place prépondérante constituent désormais une part importante des sorties.

Souvent en duo, ces militaires dévoués ont bien du mal à jouer le rôle d’assistante.e.s sociales.aux, de psychologues, de protecteurs des enfants et de médiateurs conjugaux. Ils cherchent dans leurs interventions à apaiser, à rassurer et souvent à séparer. Cette mutation s’accélère avec le confinement et prend de plus en plus de place dans l’emploi du temps.

Dans un village d’à peine plus d’une centaine d’habitants le Maire n’a absolument aucun pouvoir de fait puisque l’on imagine pas que de telles collectivités se dotent d’une police municipale. Le débat médiatique sur l’armement devient totalement dérisoire dans ces secteurs ruraux dépourvus de tous services liés à la sécurité.

Seules les brigades de gendarmerie dotées d’une dizaine de postes (pas tous pourvus compte-tenu du manque d’attractivité du territoire et du manque d’effectifs) et les casernes de sapeurs-pompiers (quasiment tous volontaires) subsistent avec des délais d’intervention très aléatoires. Le nombre de personnes est en effet lié à la démographie et pas à la superficie du secteur à sécuriser.

Dans l’affaire de Saint-Just les premiers arrivants sont probablement tombés face à un individu au profil particulièrement dangereux. L’enquête déterminera si le « massacre » a été prémédité et dans quelles conditions a été passé l’appel au secours. On découvrira alors combien les représentant.e.s de l’ordre sont plus en danger dans ces moments de vie ordinaire que dans des opérations de grande envergure.

Les premières déclarations officielles du Procureur donnent déjà un aperçu d’un probable guet-apens tendu par un possesseur d’armes de guerre non-déclarées. Encore une fois se profile le problème de la prolifération en France de ces pistolets, automatiques, Kalachnikov et autres armes inredites mais qui circulent sans trop de problème.  

Cet homme ayant maintes fois eu maille à partir avec la justice pour son comportement à l’égard de la mère et l’enfant qui étaitent partis, pratiquait le tir en compétition « dans le sud de la France » ce qui l’autorisait à utiliser certaines armes dans des conditions bien déterminées. ll possédait par ailleurs tout un arsenal à domicile : de multiples armes de guerre dont un Famas (il sera intéressant de connaître son origine) et deux pistolets. Il portait sur lui au moment de la fusillade un gilet pare-balles et des lunettes à vision nocturne.

Que peut vraiment une patrouille face à un tel contexte ? Selon France Infos.fr le tueur avait un profil particulièrement inquiétant en terme de personnalité. A 48 ans il avait suivi une formation militaire « relativement courte mais c’est visiblement quelque chose qui lui tenait à cœur. «  Nul doute qu’il y ait appris les rudiments de ce qu’il a utilisé contre les gendarmes. Si l’on se réfère aux déclarations officielles du Procureur le tueur se disait « catholique très pratiquant. On pourrait même dire presque extrémiste » (le qualificatif en d’autres circonstances aurait été probablement amplement repris et utilisé).  Survivaliste, il fréquentait les stages d’entraînement à la survie. Il semblerait également qu’il ait été persuadé de la fin du monde prochaine.

Ces faits douloureux mettent en évidence la fragilité de la réalité sociale actuelle. L’émotion légitime passée, les hommages indispensables rendus, les discours tenus, les polémiques autour de l’insuffisance des sanctions tenus sur un plateau  (en l’occurrence il s’est lui-même infligé « la peine de mort ») et les projets de lois proposés, on oubliera l’essentiel :  un grand nombre d’actes violents, qualifiés de terroristes ou non, dénotent un dérèglement psychologique ou psychiatrique plus ou moins profond que l’on du mal à admettre. Trois fonctionnaires soucieux de préserver les plus faibles ont payé de leur vie un constat social aux multiples facettes que personne ne saura vraiment résoudre. Rien n’est plus injuste.

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8 réponses à Un drame qui reflète une société affolante

  1. GRENE CHRISTIAN dit :

    Tout est dit. Rien à ajouter, sinon que, dans ce que tu nous écris, on sent bien qu’en toi la raison d’être et la raison d’Etat se mêlent dans un méli-mélodrame où bien malin qui peut prétendre en dénouer les fils.
    Bonnes fêtes à tous malgré tout!

  2. DABE dit :

    Bonjour Jean Marie
    Te lire presque tous les jours est une image parfaite de notre société qui n’a presque plus de repères pour s’accrocher à des espoirs. Ce drame de St Just nous choque profondément. il met en lumière les missions de tous ces « fonctionnaires » souvent décriés mais que l’on appelle au secours dès la moindre anicroche. Le lien social, dans nos territoires ruraux , tient souvent par la présence d’une gendarmerie, une caserne de pompiers, une Mairie avec des élus, des employés..L’individualisme forcené , alimenté par des réseaux sociaux pas très net , prolifère de nos jours. En cette veille de Noël puissions nous , en dehors de toute considération religieuse, nous retrouver humblement en souriant du moindre fait positif dans nos vie. Belle et douce journée à toi, ta famille. Amicalement. Alain

  3. J.J. dit :

    «  »« catholique très pratiquant. On pourrait même dire presque extrémiste » . Survivaliste, il fréquentait les stages d’entraînement à la survie. Il semblerait également qu’il ait été persuadé de la fin du monde prochaine. »

    Ça ressemble fort au profil d’un membre d’une secte intégriste et millénariste, et rappelle également les divagations des membres du sinistre Temple Solaire, à la différence que ces derniers ont fait des victimes seulement dans leurs rangs. Les enquêteurs pourraient peut être regarder de ce côté.

    Les familles de victimes auront sans doute de la peine dans l’avenir à célébrer noël avec sérénité.

    Je vous souhaite quand même un heureux Solstice d’Hiver(passé depuis quelques jours).

  4. pontoizeau-puyo martine dit :

    BONJOUR,
    tout est dit , je ne rajoute rien sinon que ce drame l’avant veille de Noël est plus dur à encaisser. Toutes ces familles dans le deuil, toutes ces familles avec des enfants encore jeunes, voir très jeunes, c ‘est consternant. j’ai beaucoup de peine pour tous. je leur souhaite du courage pour se relever d’un tel drame..
    Nous, les autres, allons passer un Noël en famille si possible, ou seuls, c’est selon……..
    Je vous souhaite de passer de bonnes fêtes et d’avoir une pensée pour les disparus.

  5. Maria LAVIGNE dit :

    Toutes mes pensées vont aujourd’hui vers les familles de ceux qui ont perdu la vie en voulant en protéger une autre. Des vies gâchées ! Des familles endeuillées. Aujourd’hui j’ai mal !
    Catholique pratiquant vraiment ? Il me semble que dans les dix commandements il y a « tu ne tueras pas »
    Je souhaite à tous un Noël solidaire

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