Comment se redonner bonne conscience à l’issue d’années de pratiques pour le moins critiquables ? Twitter et Facebook ont trouvé la solution : se défausser des ses propres responsabilités en sur-réagissant au moment où la décision devant laver l’honneur de ceux qui l’ont bafoué n’a plus qu’un intérêt limité. Ayant laissé Trump déverser des tonnes d’inepties, d’insultes, d’appels aux pires des comportements ces « donneurs de pouvoir »  lui coupent son sifflet malsain unilatéralement à la manière de justiciers surgis du fond de la nuit irrationnelle.

D’abord les responsables de ces réseaux sociaux en vogue découvrent brutalement qu’ils colportent des messages dangereux pour la démocratie et même l’humanité. Des millions de ces élucubrations n’allant jamais au-delà du tolérable (bien que parfois ce soit le cas durant quelques heures) naviguent sur les fils individuels ou collectifs. Ils sont même abondamment repris par les médias amplifiant ainsi leur impact.

Trump avait parfaitement maîtrisé de système et ce depuis le début de sa campagne Présidentielle. Invérifiable dans des délais pouvant éviter sa propagation tout tweet n’engage que celle ou celui qui le lit. Plus le nombre d’abonné .e.s est important plus l’impact de quelques mots polémiques devient désastreux. La fulgurance de sa propagation rend alors n’importe quel mensonge viral. Le contrôle n’existe pas ou à posteriori ce qui le rend inefficace.

Le nombre de « raccordés » et leur nature prennent toute leur importance. Se constituer un public de « fidèles » susceptibles de prendre en compte le « message » pour le démultiplier constitue la base de l’action de Trump. On achète des « followers » ou des « ami.e.s » et quand on sait que Trump en possédait près de 89… millions. Aucun organe de presse, aucun support de communication peut, hors de Chine et peut-être d’Inde, afficher un tel potentiel. Il parvenait à accueillir plus de 4 000 abonnés supplémentaires par jour avec plus de 20 comptes mis en synergie.

Dans le fond, le malade de la Maison Blanche a bénéficié d’un soutien extraordinaire accordé par Tweeter, ravi de la publicité que lui faisait son plus célèbre utilisateur. Dans la concurrence avec les autres supports du même style Trump aura été un excellent support de notoriété ?

Quand les autres détenteurs d’un pouvoir en sont encore au SMS entre potes les spécialistes de la propagande (CIA) ont utilisé à plein régime les « outils » que les GAFA mettaient à sa disposition. Ces derniers le savaient fort bien en se sont offusqués pour donner le change, uniquement pour donner le change.

Alors complices ? Certainement ! Alors un accord tacite d’échanges de mauvais et déloyaux services ? Aucun doute. L’exagération a-t-elle constitué le fondement de la notoriété de Tweeter ? C’est indiscutable. Trump a fait plus pour ce réseau que des centaines de millions de dollars de communication. Et si les fanatisés du Capitole étaient restés devant la porte du temple de la démocratie étasunienne on aurait oubliés les appels inconsidérés de celui qui s’est évertué à mettre de l’huile raciste, haineuse ou débile sur le feu des croyances débridées.

L’influence des messages se retrouvait également dans les jeux financiers et en laissait donc pas insensible les exploitants de ces « micro-bloggins » qui n’informent jamais, qui n’analysent jamais mais qui dévoilent des prises de position sommaires. Une étude a démontré par exemple l’influence des messages du locataire de la Maison Blanche, sur la volatilité du marché de la dette.

Le président a diffusé plus de 10.000 tweets depuis son arrivée au pouvoir, à un rythme qui s’est accéléré les derniers mois. Or ils concernaient des sujets sensibles pour les acteurs des marchés financiers comme le commerce et la politique monétaire : il est fréquent qu’il choisisse de révéler sur le réseau social des revirements majeurs dans les négociations entre Washington et Pékin, ou s’y attaque vertement au président de la banque centrale américaine. Le milieu financier a gagné beaucoup d’argent grâce à cette méthode lapidaire de gouverner.

Il faut bien avouer que rares ont été les grands de ce monde qui se sont offusqués du rôle de Twitter dans la vie politique américaine. Ils ont été moins nombreux que celles et ceux qui viennent de s’offusquer de la suppression du compte décrétée par les réseaux s’offrant à moindre prix une conduite démocratique. Ils ont fait le plus beau cadeau de départ à Trump en le transformant en « martyr » de ce complot des « médias » à son égard.

La « branche pourrie » a été coupée net démontrant que si cette solution était possible elle aurait dû être appliquée depuis belle lurette. Certes cette décision remet indiscutablement en cause, la « liberté d’expression » mais révèle surtout que les lieux réels du pouvoir et leur poids dans le fonctionnement démocratique actuel ne sont plus dans les espaces institutionnels. «  Il faut avoir l’esprit et la bonne conscience de sa fourberie ! » a dit Friedrich Nietzsche