Parmi les moyens dont la Gauche pourrait disposer pour rajeunir ses idées, sortir de ses certitudes et ouvrir des perspectives pour la monde d’après figure « l’autogestion associative citoyenne » (1). Malheureusement engoncée dans de faux débats idéologiques, obnubilée par les considérations écologiques certes évidentes mais dont on oublie les causes, terrorisée par l’idée que toute utopie se heurterait au mur financier elles e contente de balbutier des programmes stéréotypés. La Gauche ne fait plus rêver avec un catalogue de propositions standardisées.

Il y a une bonne cinquantaine d’années au PSU l’idée même de ne pas pouvoir innover, de ne pas construire autrement, de ne pas oser l’impossible avec l’espoir de le rendre possible aurait constitué un cas d’exclusion. Parmi les propositions qui ont été raillées se trouvait celle de l’autogestion. Elle prétendait remettre le (la) citoyen.ne au cœur des pouvoirs qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux.

Dans la période que traverse une société en voie de destruction sous l’impact de la crise sanitaire les initiatives se multiplient sans revendiquer leur appartenance à un système autogestionnaire. Elles se réclament souvent de l’économie sociale et solidaire et prennent de plus en plus d’importance. A mi chemin entre la coopérative et l’association, les projets fleurissent.

Cette floraison de supermarchés de proximité gérés par des groupes de consommateur.trice.s voulant une autre forme de distribution ; ces coopératives d’achat d’énergie ; ces habitats participatifs ; ces lieux de vente directe de producteurs ; des jardins partagés ; ces espaces autogérés de coworking, quelques scoop de temps à autres  : on va beaucoup plus loin que les expériences. Il n’y a pas malheureusement de relais politique fédérateur.

La progression de ce mouvement où des femmes et des hommes s’investissent dans la prise en compte de leur quotidien mériterait une perspective nationale que personne ne veut lui donner. Je persite pourtant à penser que le monde d’après le Covid, sur une base sociale totalement déstructurée nécessitera l’ouverture d’espoirs pour la jeunesse et une part des laissés pour compte par la crise sociale.

Plutôt que auto-entrepreneuriat qui a démontré ses limites et surtout sa faiblesse en l’absence du filet de sécurité du revenu de base il va devenir indispensable de favoriser l’émergence de coopératives supports ou de structures mutualisées de soutien à la gestion. La sacro-sainte injonction voulant que la solution au chômage soit la création d’entreprise a en ces circonstances où certaines d’entre elles malgré les soutiens conséquents de l’État ne vont malheureusement pas survivre.

La nécessité de solidariser, de mettre en synergie, de prendre ne mains son propre destin collectivement les difficultés mais aussi ses propres perspectives d’avenir deviennent fondatrices d’une nouvelle donne socio-économique. Qui reprendra et fera renaître une forme d’autogestion moins utopique que celle de Lip (2) mais plus efficace ? Une telle initiative passe par un échec assurée en terme de voix et probablement d’intérêt médiatique mais elle constituera probablement un germe pour 2026.

L’Europe et sa terrible règle «  de la concurrence libre et non faussée » mettra tout son poids pour contrer ces initiatives si elles deviennent gênantes pour le monde du profit.L’une d’entre elles pourrait bien ouvrir une brèche et il va être intéressant de suivre son évolution. Face à la déserrance de la voie ferrée Bordeaux-Lyon et poussée par une nouvelle vision de l »aménagement du territoire la coopérative Railcoop veut en reprendre l’exploitation délaissée par la SNCF !

Railcoop est une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) comme Entre Deux Mondes à Créon (3) . C’est la première structure de ce type en France dans le secteur des transport ferroviaire. Railcoop est donc une entreprise qui appartient à ses sociétaires qui sont au nombre de 300 aujourd’hui.

Elle va profiter de l’ouverture totale du transport ferroviaire français à la concurrence en décembre 2020 et souhaite jouer la carte d’un train au service des territoires, sur des lignes transversales, en proposant des liaisons pas forcément très rapides mais sûres, confortables et bon marché. Un vrai programme qui va à l’encontre de ceux qui ont été confiés à la SNCF très inquiète d’ailleurs sur la chute de fréquentation de ses lignes grande vitesse.

Chaque jour d’autres propositions émergent et le moment paraît opportun pour les rassembler et leur donner le soutien qu’elles méritent. On peut encore rêver de reconstituer un parti coopératif nouveau un peu plus d’un demi-siècle après les belles années du PSU.