Dans le splendide film « Les Choristes » le principe de gestion de la rééducation des enfants supposés difficiles repose sur une dualité : « action…réaction ! » Après chaque acte de contestation Rachin de directeur tyrannique impose en effet une répression injuste et aveugle basée sur l’isolement. Tout sa stratégie de gestion du collège « le fond de l’étang » évite la prévention, l’explication, la participation pour privilégier la sanction destinée à opposer l’individu au collectif.

Cette vision pédagogique sociale simpliste consistant à prendre en compte un événement désagréable, dangereux ou préjudiciable puis de réagir sans se soucier de sa propre responsabilité devient monnaie courante en politique. Si « gouverner » c’est prévoir ou au minimum anticiper il est inquiétant de suivre l’évolution des décisions prises depuis un an de pandémie. Face au fléau malin du coronavirus le pouvoir central « réagit » presque au jour le jour et au mieux semaine après semaine. 

Certes il lui est impossible de prendre une décision sans soulever des critiques issues de multiples catégories sociales, de groupes de pression hétéroclite, de lobbies organisés mais il est toujours dans l’efficacité de l’axiome « action… réaction ! ». Les statistiques servent de base aux décisions car il n’y a aucune pédagogie solide autre que la sanction ou au minimum la restriction.

Tout aggravation de la détection des contaminé.e.s ou des entrées dans les hôpitaux ou les services de réanimation entraîne une annonce de couvre-feu, de confinement, de déconfinement, de reconfinement sans qu’une part grandissante de l’opinion perçoive autre chose que des formes de « réactions » liées à un  « mauvais  comportement » collectif. L’interprétation qui en est faite conduit à un sentiment global d’injustice ou d’incompréhension et de défiance.

Les justifications varient au jour le jour et lentement on glisse vers une vérité impossible à affirmer tout de go. On attend pour que la surprise soit totale.  La France s’enlise dans une crise sanitaire sans précédent et une « réaction » contrairement à celle de Rachin dans le film, très critiquable, tarde à venir. N’ayant jamais réellement tranché depuis douze mois entre  liberté individuelle donnée aux citoyen.ne.s de disposer de « leur » vie et la mise sous séquestre au nom de la pandémie des nombreuses moyens offerts pour la construire vraiment, le pouvoir oscille sans arrêt dans ses prescriptions. Un temps de retard sur les autres pays s’installe régulièrement.

Le port du masque illustre une pusillanimité permanente et surtout une dissimulation de la faiblesse des positions prises. Pas de stock, une concurrence ultra-libérale forte basée sur la loi du marché ont conduit à des demi-mesures ou à des annonces qui se sont révélées inexactes quelques temps plus tard. On revient sur tout ce qui a été affirmé il y a un an et la « réaction » a été inutile pour résoudre les difficultés. La gouvrenance passée de la conduite de « guerre » à la libération « estivale », à la « résistance » automnale puis à la « reprise » hivernale instille la défiance. 

Il en est par exemple de même pour la vaccination avec une « réaction » qui peine à contenir la contestation. Un simple constat : il aurait fallu envoyer les « penseurs » de l’organisation de la campagne en cours une calculette. En effet grâce à une exemple simple il est possible de démonter que c’est de l’imprévision totale qui prédomine et qu’il y a tromperie sur les chiffres.

Voici le problème que l’on aurait pu soumettre dans des temps inimaginables de l’école élémentaire aux élèves de cours moyen des ministères : « un jour N est lancée une vaccination en 2 étapes dont la seconde est prévenu en N + 3 semaines. Combien faudra-t-il de vaccins si la campagne se poursuit et si les délais sont respectés ? »

Si l’on vaccine 10 000 personnes et que l’on ne prévoit pas d’augmenter le rythme il faudra  20 000 doses le jour des rappels 21 jours plus tard. La progression devient exponentielle si l’on accélère. Si on ouvre sur ces 3 semaines une possibilité de vacciner au total 100 000 personnes et que l’on maintient simplement ce niveau on aura besoin de 200 000 vaccins durant les trois semaines suivantes. plus les suppléments éventuels… et on laissera 100 000 « primo-vaccinés » en attente ! La moindre défaillance dans l’approvisionnement et le système s’enrayera.

Faute d’une livraison largement augmentée il deviendra forcément impossible de leur donner des rendez-vous puisque 100 000 personnes auront déjà réservée 21 jours plus tard leur place… Le système sera vite « embolisé ». Le mécontentement est inévitable. Il n’y a donc pas le choix : réduire les ambitions et faire patienter ou confiner pour tenter de juguler une pandémie risquant de devenir incontrôlable.

« Action… réaction » : le système de Monsieur Rachin a fini par exploser sous l’influence de l’invitation motivée, positive et constructive de Clément Mathieu. Qu’en sera-t-il à l’issue de cette période où la pression monte et les barrages peuvent céder ? Nul ne le sait vraiment et le film risque de finir moins bien que celui des Choristes du collège du « Fond de l’étang ».