Le télétravail devient une préoccupation sociale évidente. Dans la mesure où le gouvernement en fait l’une des base de la lutte contre la propagation du virus, les difficultés commencent à surgir, car les entreprises et même les grandes collectivités ont du mal à trouver les adaptations nécessaires. Les salarié.e.s s’adaptent eux-aussi plus ou moins bien à cet éloignement à géométrie très variable de leur lieu de travail. Après un engouement réel lors de la première période de confinement la tendance est au tassement voire à la baisse du nombre de journées « télé-travaillées ».

Le protocole sanitaire entré en vigueur le 7 janvier impose pourtant le télétravail comme une règle mais il semble que la vague se soit lentement éteinte. «Télétravailler partout où c’est possible devient impératif » avait lancé le Premier des ministres, lors de sa conférence de presse, regrettant ainsi qu’il y ait encore des lieux de travail trop nombreux où il était pourtant possible de télétravailler alors sue rien n’était mis en place. Il en avait fait un axe important de la lutte contre la pandémie.

Or une étude récente montre une « érosion » du recours au télétravail. Selon cette enquête, parmi les actifs pouvant télétravailler facilement, 36% ne n’ont pas utilisé cette possibilité durant la semaine du 18 au 24 janvier, contre 30% la semaine du 2 au 8 novembre. Et la part de ceux télétravaillant à 100% a chuté de 45% en novembre à 30% en janvier.

Selon les constats effectués la faiblesse du dispositif commence sérieusement à être ressenti dans les banques. Elles avaient atteint 70 à 80 % de travailleur.euse.s à distance en mars avril 2020 pour tomber à près de 50 % depuis le début de l’année. ll est vrai que les déplacements ne sont plus interdits et que seulement le couvre-feu à 18 h maintient un brin de pression sur les personnes ayant un contact avec le public.

« Je ne veux pas rester chez moi pour travailler m’expliquait une secrétaire de mairie. Quand au bureau j’ai fini une tâche je laisse l’ordinateur pour ranger les archives, classer le courrier, le dispatcher ou préparer des dossiers paire. A la maison je suis devant mon écran et s’il n’y pas de travail je tourne en rond. Alors je vais en Mairie en prenant le maximum de précautions. Je vois les élu.e.s et surtout les habitant.e.s qui aiment à la campagne le contact humain ! Tous les collègues en ont un peu marre. » Ce constat dans le mode rural s’applique à toutes les strcutures ayant des agences ou de bureaux déconcentrés.

Incontestablement s’il n’y a pas de vraies contraintes de durée du trajet domicile travail qui joue un rôle important il semble que l’éloignement des collègues, le besoin du partage de moments de rencontres pour de réunions autres que les interminables visioconférences, le besoin de briser la solitude pèsent sur les durées hebdomadaires de télétravail.

Quand il y avait un jour de retour sur le lieu habituel de travail on passe à deux puis à trois. La semaine intégrale à distance imposée par certains employeurs devient problématique. Tout comme l’est l’interdiction faite au personnel de se mettre en télétravail !

Paradoxalement cette nouvelle donne produit des effets positifs puisque le travail fourni est de bonne qualité et environ 25 % supérieur en quantité. Les salarié.e.s acquièrent un plus grande autonomie, diminue leur temps d’absence chez elle en raison de la suppression du déplacement bi6quotidien et font également des économies en n’ayant pas à financer leur part de ces trajets.

Les personnes dans cette situation admettent une « meilleur concentration » et un gain précieux d’équilibre entre « vie personnelle et professionnelle ». Pour certain.e.s le stress de la contamination potentielle disparaît. Autant de points qui plaident en faveur de ce mode de relation au travail mais il faut en tempérer l’impact constructif par des constats beaucoup plus profonds.

Le risque d’isolement social devient globalement la principale menace avec une augmentation constatée des conflits familiaux quand les périodes et les rôles ne sont pas définies clairement dans la maison. Les psychologues ajoutent une perte d’esprit d’équipe avec peu à peu une prise de recul vis à vis de son groupe professionnel.

Les difficultés d’organisation professionnelle liée à de mauvaises conditions d’installation dans son domicile peuvent générer des interférences douloureuses entre nécessité de travailler et de s’occuper éventuellement des enfants. La santé peut en pâtir puisque les addictions s’aggravent car la tentation de la cigarette, des grignotages ou même de l’alcool est beaucoup plus présente.

La période pandémique aura permis une « expérimentation » grandeur nature dont il faudra tirer les enseignements. De nouvelles méthodes émergeront et personnellement je crois davantage à de « petits » espaces de proximité partagés avec des déplacements réduits qu’à l’isolement chez soi. Mais pour l’instant ce n’est pas en question.