La dette des États occupe depuis quelques jours les débats sur les plateaux clinquants des télés où si l’on ne fume pas on y cause. Comme il y eut la querelle des « Anciens » et des « Modernes » et la France a désormais les  « abolitionnistes »  et les  « traditionalistes » . Ces deux camps s’affrontent en se jetant à la tête des articles des traités européens ou en sacrifiant au culte de l’Euro tout puissant. La bataille fait rage, mais comme d’habitude les victimes ne seront pas dans les états-majors mais parmi les fantassins.

 Une armada d’économistes vite qualifiés de « peu lucides » par leurs détracteurs institutionnels, prônent l’annulation de la « douloureuse » que les membres de l’UE possède auprès de leur Banque centrale. L’ appel de cette centaine d’hérétiques vise à annuler les dettes publiques détenues par la BCE afin de faciliter la reconstruction sociale et écologique après la pandémie de Covid-19. Ils constatent que l’endettement public a très fortement augmenté pour protéger les ménages et les entreprises.

« Les citoyens découvrent, pour certains avec effarement, que près de 25% de la dette publique européenne est aujourd’hui détenue par leur banque centrale », relève ce texte qui met le feu aux certitudes d’un système où l’on prête à fonds perdus avec le sentiment que le remboursement ne se fera jamais. Ils ajoutent d’ailleurs que « si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs, soit en réempruntant pour faire rouler la dette au lieu d’emprunter pour investir, soit en augmentant les impôts, soit en baissant les dépenses ».

Le constat est on ne peut plus juste mais bien évidemment ne correspond pas aux vertus de ce monde de la finance institutionnelle qui tourne en rond depuis des décennies et qui il n’est pas inutile de le rappeler a mis à genoux la Grèce. La mise en « Lagarde » alors au Fonds Monétaire International n’a jamais produit d’amélioration de la situation des peuples mais simplement préservé le monde du profit à son meilleur niveau.

Le club des cents envisage « l’effacement des dettes publiques ou leur transformation en dettes perpétuelles sans intérêt contre un engagement des Etats à investir les mêmes montants dans la reconstruction écologique et sociale ». Les signataires affirment que « l’annulation n’est pas explicitement interdite par les traités européens » et que « l’histoire nous a maintes fois montré que les difficultés juridiques s’effacent devant les accords politiques ». Le pire des mots pour des libéraux : politique ! Un épouvantail que la BCE a dressé devant son siège au nom de son indépendance qui n’est que virtuelle.

Comme Lagarde meurt mais ne se rend pas et elle a vite dégainé pour tirer à vue sur tout « économiclaste » qui tenterait d’entraver la marche à plein régime de la machine à billets théoriques. «Tous les pays de la zone euro émergeront de cette crise avec des niveaux de dette élevés», a estimé la gardienne du temple de l’orthodoxie libérale. Mais «il ne fait aucun doute qu’ils parviendront à la rembourser. Les dettes se gèrent dans le temps long. » Elle aurait pu ajouter que tant qu’elles existent il est possible d’agiter le chiffon noir du non-remboursement pour demander toujours plus de coupes sombres dans les budgets essentiels au bien-être général.

D’ailleurs le Ministre des Finances a aussitôt sauté sur l’aubaine : « Les trois manières de rembourser la dette sont les réformes de structure, la croissance et la responsabilité sur les finances publiques », Le message est on ne peut plus clair. Le rêve de la croissance revient en force pour faire passer les pilules amères contenues dans les deux autres membres de la phrase. On sait fort bien ce que signifient « réformes de structure » (on l’a vu dans le système de santé!) et « responsabilité sur les finances publiques » (on reviendra par exemple au pacte de Cahors) car ce sont les ritournelles d’avant crise de la Covid-19 qui reviendront aussi vite qu’elles ont disparues.

En fait les deux camps sont d’accord sur un seul point. Que la dette soit annulée ou augmentée elle doit uniquement servir « aux investissements réalisés dans des secteurs déterminants pour l’avenir car ils engendreront une croissance plus forte». Sauf que la BCE ne se soucie pas trop de l’utilisation des fonds empruntés. Une grande partie est engloutie dans le fonctionnement des États et nullement dans les investissements… ou dans le remboursement de la dette antérieure. C’est le serpent qui n’est plus monétaire se mord la queue et encore pour très longtemps.