Il y a belle lurette que la France a perdu l’objectif de la décentralisation et même depuis ces dernières années elle lui a tourné le dos en mettant tout en œuvre pour ramener l’essentiel du pouvoir sur la capitale. La « verticalisation » du pouvoir n’a jamais été aussi prégnante et réelle. Elle s’exprime à chaque instant dans l’organisation de la lutte contre la pandémie mais elle se traduit surtout par une mise sous tutelle progressive via leur financement des collectivités territoriales.

La machine a été mise en route depuis une dizaine d’années avant que les crises sanitaire, économique, sociale soient accélérées par la COVID-19. On ne reviendra pas en arrière et on mesurera l’impact des mesures déjà prise en 2023 après les échéances présidentielles et législatives. Pour le moment les décisions partent du sommet de la pyramidé politico-administrative, sont transmises aux fonctionnaires nommés le système pour être exécutées par les élu.e.s locaux que l’on flatte ou renie selon les circonstances.

Il suffit de se poser une seule question : pourquoi la région parisienne dont la situation empire chaque jour et devient intenable, n’est toujours pas touchée par des mesures gouvernementales appliquées ailleurs ? Les déclarations du genre : «  on peut le faire mais on ne le fera pas ! » peuvent interroger en effet sur les raisons retardant ce qui paraît inéluctable. Le « centralisme » réputé démocratique qui a été beaucoup raillé dans un système politique très critiqué trouve sa pleine application dans la France actuelle.

Ce qui est considéré comme indispensable à Nice ou Dunkerque ne saurait l’être en Ile de France et la saturation des lits de réanimation se réglera par des transferts vers la province. C’est probablement parce que cette « région » très fortement peuplée plus de 12 millions d’habitant.e.s soit 18,8 % de la population de la France métropolitaine regroupée sur seulement 2,2 % de sa superficie, ce qui en fait 1 006 hab/km2 la plus dense de France. Tout le processus de « commandement » s’y trouve avec des milliers de hauts fonctionnaires. Elle concentre aussi avec un PIB estimé à 642 milliards d’euros le plus de richesses en France. Alors mieux vaut attendre le dernier moment pour… confiner même partiellement !

Tous les grands médias et notamment les chaînes de ces télés d’information spectacle ne cessent de ressasser les difficultés parisiennes, interrogent les spécialistes des hôpitaux parisiens, voient le contexte que sous le prisme parisien, relaient les discours officiels parisiens, s’enflamment pour des querelles politiques parisiennes. Jamais probablement la France s’est elle autant résumé à… Paris !

Jour après jour les directives, circulaires, injonctions  médiatiques tombent par voie médiatique le plus souvent avec une dichotomie dramatique mettant en évidence les absurdités d’un fonctionnement inadapté aux situations difficiles comme celle que nous traversons. Les représentant.e.s de l’État organisent les centres de vaccinations, sollicitent les communes, les intercommunalités pour les mettre en place… sur ordre national mais les Agences Régionales de santé annoncent illico qu’elles n’auront pas les vaccins pour les faire fonctionner. Les dates changent. Les promesses varient. Et la mobilisation de tous les services des collectivités se heurte à des refus ou des délais improbables.

Pas plus tard que hier, le Ministre de l’Éducation nationale, annonce ex-abrupto après de multiples variantes des consignes sanitaires mises en œuvre par les communes, les départements ou les régions qu’il pourrait depuis paris décréter la « fermeture des cantines », un service qui dépend pour leur financement et leur fonctionnement des seules décisions des collectivités. Qui assumera cette prescription ministérielle ? Qui devra gérer les rapports avec les familles ? Qui sera au contact des réalités ?

Les déclarations sont contradictoires. Ainsi le « compte tenu de la situation, il vaut mieux régionaliser » qui serait le nouveau tournant pris par le gouvernement dans sa stratégie pour lutter contre le Covid-19 est à l’opposé des propos de Blanquer. Le Président lui a décidé de resserrer les mesures dans les zones où la menace s’accroît. « Il faut faire du cas par cas, en concertation pour l’instant », a aussi confirmé une source au sein de l’exécutif. L’idée, désormais, serait de préférer des restrictions au niveau local (d’une ville, d’une métropole ou encore d’un département), plutôt que des restrictions nationales. Cette semaine sera difficile ! Mais l’essentiel restera de sauver Paris car autrement c’est de là que risque de partir la contestation ou la révolte…