« Dette »… le mot sera probablement l’un de ceux qui compteront lors de la prochaine présidentielle française. Il alimentera les débats sans que personne ne soit d’accord sur son sens en matière de gestion publique. Loin de moi la prétention de vouloir me substituer aux éminents économistes qui ont des visions différentes de son impact sur l’avenir mais il faut que je vous propose mon appréciation d’une situation pour le moins inquiétante. Entre ceux qui prétendent qu’elle devrait être purement et simplement annulée et ceux qui affirment que ce serait une entorse à la « confiance » si c’était le cas, la confrontation sera sévère et …jouée d’avance dans la situation euroépenne actuelle. 

Pour le moment la pluie des milliards permettant de tenir le « coûte que coûte » ne vient pas du ciel mais des marchés financiers ou des largesses de la Banque européenne qui fabrique de la monnaie virtuelle. Tous les carcans dont le gouvernement avaient vanté les mérites n’existent plus. Ils ont explosé et je suis assez fier de constater que ce que j’avais annoncé à plusieurs reprises était non seulement exact mais avait été sous-évalué. Plus aucune limite à la dette!

La crise sanitaire constitue à cet égard un alibi pour exploser les dogmes antérieurs sur le niveau de l’endettement du pays et pour se lier pour des décennies aux marchés financiers. Un constat simple : Bercy, citadelle des erreurs répétitives, effectue exactement le contraire de ce qu’elle impose aux collectivités territoriales mais ça toujours été ainsi!

Quel le citoyen sait que communes, intercommunalités, départements, régions ne peuvent pas contracter d’emprunt pour leur fonctionnement, avoir de déficit en fin d’exercice, doivent obligatoirement dégager un excédent couvrant leur remboursement du capital des emprunts, que la Cour des Comptes signale tout dépassement d’un niveau d’endettement supérieur à 12 années et que l’Etat les surveille pour qu’il en soit ainsi ? Inutile d’évoquer le pacte « dit de Cahors » qui constitue une absurdité nationale arrogante visant à corseter les dépenses des grandes collectivités sans tenir compte des réalités territoriales ! Bercy s’est affranchi depuis belle lurette de cette « saine gestion » !

Le résultat de la doctrine du « quoi qu’il en coûte » décidée par Emmanuel Macron il y a un an, au moment du premier confinement, a conduit à ce que le déficit augmenté en 2020 atteigne la bagatelle de 9,2% du produit intérieur brut (PIB), soit 211,5 milliards d’euros ! La dette n’a jamais été à un tel niveau et on peut se demander où elle en sera fin 2021 ! En 2019, avant la crise, la dette s’affichait à 97,6% du PIB et le déficit à 3,1% ! Un puits sans fin s’ouvre pour les années à venir et va encore se creuser

J’admets les affirmations du Ministre des Finances qui déclare que « les 18 points de dette supplémentaires en 2020 sont la traduction de la baisse d’activité de l’économie française et de l’effort de protection considérable de nos salariés et de nos entreprises » mais les résultats sont encore loin d’être à la hauteur des espoirs surtout pour les salariés qui attendent parfois avec angoisse la fin des processus actuels. Bercy dégrève, indemnise, exonère, annule alors qu’il constate que les caisses sonnent creux (- 5 % et – 63 milliards en 2020 de recettes) et joue sur la faiblesse des taux d’intérêt (négatifs souvent) pour continuer à spéculer sur l’endettement. On emprunte pour rembourser les emprunts.

Dans le détail, le déficit de l’État atteint…. 182 milliards d’euros en 2020, celui de la Sécurité sociale 48,3 milliards d’euros, et celui des administrations locales (opérateurs publics comme Île-de-France Mobilités, Société du Grand Paris, etc.), s’établit à 4,2 milliards d’euros. Et bien évidemment seules les collectivités locales sont une fois encore à l’équilibre et même excédentaires ! Les Départements compte-tenu de la pression de l’augmentation des dépenses sociales sont de loin, les plus mal lotis quel que soit l’orientation politique des exécutifs mais tout le monde ferme les yeux. Et encore 2020 aura été une année budgétaire durant laquelle ils aaveint encore eu une petite autonomie financière qu’ils n’ont plus du tout depuis ce 1° janvier !

Comme dans tous les autres domaines l’absence de stratégie claire, les décisions empiriques, les subterfuges destinés à masquer les conséquences à long terme ne rassurent guère. Quand en plus le Ministre déclare discrètement : « Quand l’activité économique se sera redressée, nous devrons commencer à rembourser cette dette » il y a tout lieu de s’inquiéter pour la loi des finances 2023 surtout pour les collectivités territoriales qui une fois encore muselées par les réformes de la fiscalité, ne pourront absolument plus réagir.

Mais d’ici là il aura se débarrasser du Coronavirus, panser toutes les plaies socaiales et espérer un autre rebond que celui de la pandémie. Avec de si…. on met les finances de l’Etat en bouteille du monde d’après !