Quand les aïeux racontaient les files d’attente durant l’Occupation pour obtenir leur part d’ersatz de nourriture ou une portion limitée de ce qui était essentiel pour leur quotidien, les sourires ironiques naissaient sur les visages d’un génération ayant toujours connu la facilité de la consommation. La pandémie actuelle a remis en évidence les moments où il faut patienter pour obtenir ce que l’on souhaite acquérir.

Le paradoxe c’est que durant cette période noire de notre Histoire il ne fut jamais question différenciation entre ce qui était « essentiel » et « non-essentiel ». Alors que durant le « guerre déclarée » à la Covid 19, on en est arrivé à ce que moment tragi-comique des mesures coercitives voulant que les files de consommateur.trices.s se constituent à Paris devant des magasins de fringues ou des lieux d’achats accessoires.

Il est fort probable que la perspective d’un reconfinement plus strict relance une ruée préventive sur les rayons des surfaces commerciales plus ou moins grandes afin de constituer des provisions de temps de guerre. La grande vedette de la première période des restrictions de déplacement aura été le papier hygiénique. Des scènes surréalistes ont donné lieu à des diffusions de vidéos sur les réseaux sociaux avec des chariots gavés de rouleaux pour le printemps des toilettes !

La crise dans la crise était née et elle ne peut plus être éliminée d’un revers de main car plusieurs paramètres justifient cette ruée vers le papier Q ! Le télé-travail a par exemple augmenté les consommations à la maison et si les enfants doivent également rester chez eux il faudra renforcer les stocks pour parer à des usages plus nombreux. Çà va torcher davantage chaque jour de confinement potentiel après l’ouverture de la chasse.

Le pire se profile pourtant sur le monde puisque l’on annonce après la pénurie des vaccins, celle des feuilles douces, résistantes, parfumées pour fesses sensibles. Même si ça presse vous serez contraint.e.s de patienter aux caisses car les achats vont vite grimper. Il faudra être dans les bons papiers des caissières pour tenter de feinter par plusieurs voyages de contrebande, les limitations d’achat.

Cette fois la pénurie n’aura rien à voir avec le comportement de celles et ceux qui ont peur de se retrouver dans la situation désagréable des sans-papiers ! Il s’agirait en effet d’une affaire de (petits) bateaux qui ne peuvent plus assurer le transport des matières premières faute de conteneurs suffisant. Les cargos ne prennent plus que des marchandises périssables et ayant une vraie valeur marchande. la pâte à papier n’entre pas dans ces catégories et donc elle va rester à l’arrêt du quai dans tous les ports ! Une véritable eannus horribilis » pour les fabricants !

Il faut donc espérer que les fabricants de papiers toilettes aient des stocks suffisants pour assurer la production nécessaire à la demande mondiale qui explose, en raison des confinements et du recours au télétravail. L’occlusion du canal de…Suez ne va pas arranger les approvisionnements européens. Or un Français consomme en moyenne 103 rouleaux de 60 g par an, soit 6,2 kg de PQ chaque année ou bien 17 g de papier toilette par jour. Heureusement pour le moment il n’y pas d’épidémie de gastro et donc la consommation peut être contenue.

Il faudrait diffuser à longueur de journées sur les réseaux radio « la cabane au fond du jardin » celle que j’ai connue chez mon grand-père Abel. Un bel édifice en planches disjointes avec une planche trouée permettant un circuit direct. J’ai passé de longues heures sur ce trône de bois rêche car mon grand-père découpait méthodiquement les grandes feuilles du journal Sud-Ouest que nous lui portions avec mon frère chaque jour en huit parties. Il les mettait sur un anneau de fil de fer permettant un self-service utilitaire généralisé. Nous n’avons donc jamais connu de pénurie d’articles d’hygiène.

Le seul vrai problème pour moi, c’est que ma passion pour la presse quotidienne régionale (1) m’incitait à reconstituer les pages et à lire, même avec décalage dans le temps, les publications de tous ordres. Je jetais l’ancre dans les cabinets pour étancher ma soif d’actualité. Ma plus grande déception résidait dans le fait que parfois un « papier » intéressant était tronqué par l’usage qu’en avait fait l’occupant précédent. Bien évidemment le papier glacé des magazines était prohibé et on était peu regardant . C’était une autre époque… où rien n’était modialisé ! 

(1) Lire « La sauterelle bleue » Editions Aubéron. Encore en vente