L’ENA est morte… vive l’ITS fourre-tout !

En supprimant l’École Nationale de l’administration le Président et le Premier des Ministres issus de cet établissement tant décrié veulent donner un signal fort relatif à la transformation de la formation de l’élite guidant le Peuple. Ils sont en effet dans le symbole, car les fameux énarques dont je connais plusieurs « spécimens » très différents les uns des autres irritent l’opinion dominante. Ils sont, parait-il pour la majorité d’entre eux, trop éloignés des réalités quotidiennes de la vie des Françaises ou des Français.

Coluche avait en deux descriptions du talent résumé cet état d’esprit. «  Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu’ils achètent le sable ailleurs » expliquait-il avant d’ajouter dans une seconde couche : « Technocrates, c’est les mecs que, quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée ! » bien évidemment c’est légèrement populiste mais est-ce très éloigné de la réalité.

Le vrai problème de l’ENA c’est qu’elle offre à celles et ceux qui l’ont intégrée la possibilité de boucler dans des milieux diversifiés, au plus haut sommes de l’État, leurs années de présence dans la haute fonction publique avant de bifurquer vers des horizons très différents de ceux pour lequel ils avaient été formés : monde des grandes entreprises, monde politique, monde des activités privées. Et cette confusion des genres constitue la base même des difficultés rencontrées dans les sphères du pouvoir.

La moitié des présidents, un tiers des Premiers ministres et un ministre sur sept: les anciens élèves de l’Ecole nationale d’administration (ENA), qu’Emmanuel Macron souhaite réformer, voire supprimer, ont profondément marqué la Ve République de leur empreinte. S’ils ne sont qu’une poignée sous la présidence du général De Gaulle (1958-1969), ils connaissent leur apogée sous celle de Georges Pompidou. Entre 1969 et 1974, sur les 69 ministres de ses gouvernements successifs, 23% sortent de l’ENA. 

Parmi ses trois successeurs, François Mitterrand et Jacques Chirac feront également confiance aux anciens élèves de l’école, avec respectivement 18,2% et 20,6% de ministres énarques. Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, ils se font plus rares. Si Emmanuel Macron et Edouard Philippe, Jean Castex sortent de l’ENA, ils n’ont nommé que sept ministres énarques depuis 2017, parmi lesquels Bruno Le Maire (Économie et Finances) et Florence Parly (Armées). Rien néanmoins les prive d’un poids important dans l’entourage des ministres et du président avec par exemple un tiers des membres de l’équipe d’Emmanuel Macron à l’Élysée.

Plutôt que de revoir les modalités de l’entrée et de la sortie des personnes concernées par le profil de gestionnaire public au plus haut niveau le pouvoir satisfait l’électorat anti-fonctionnaire qui a la fièvre en cassant le thermomètre. Est-il utile de changer le nom de cette structure ? Sans vouloir faire de comparaison « orgueilleuse » on peut vraiment se pencher sur les dégâts de la suppression des écoles normales d’instituteur.trice.s alors qu’elles remplissaient parfaitement leur rôle. On a simplement détruit un ascenseur social exemplaire et plus encore une formation critiquée pars son « niveau » jugée insuffisant mais aussi et surtout l’esprit de corps qui en découlait. L’enseignement va-t-il mieux depuis cette réforme ?

Le remplacement en 2022 de l’ENA par l’Institut du service public (ISP) a les éternels objectifs de toute réforme : modifier la formation initiale et continue des hauts fonctionnaires et à ouvrir la haute fonction publique à des profils plus variés. Les élèves suivront désormais un tronc commun d’apprentissage avec treize autres grandes écoles de fonctionnaires (École nationale de la magistrature, École des hautes études en santé publique, École nationale supérieure de la police…). On supprime plus ou moins ces structures (notamment l’ESM) sans savoir quelle sera le contenu de la formation et si elle pourra être modifiée en profondeur.

Jusqu’à présent, les diplômés de l’ENA rejoignaient soit les grand corps d’État (Conseil d’Etat, Cour des comptes, Inspection générale des finances), soit le corps des administrateurs civils. Les diplômés de l’Institut du service public intégreront en priorité l’administration décentralisée pendant « plusieurs années » et seront affectés à un corps unique, celui des « administrateurs de l’État ». Et alors quel sera le changement dans les comportements ou le rôle dans la vie sociale publique ? 

Je ne peux m’empêcher de me souvenir qu’à la sortie de l’EN les instituteur.trices.s devaient remplir leur engagement décennal dans l’Éducation nationale ou un service public. Nommés sur leur premier poste selon leur rang de sortie les Normalien.ne.s de mon époque échappaient à l’arbitraire ou au… piston. Là en sortant de l’ENA les nominations seront donc faites à la gueule du client et le danger n’en sera que plus grand et c’est promis ces nouveaux «  serviteurs » de la cause publique y resteront fidèles toute leur carrière ! Est-ce un gage d’indépendance ? A n’en pas douter ! Cette annonce réformatrice recèle encore bien des pièges et il faudra gratter sous les apparences pour en trouver les motivations. 

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11 réponses à L’ENA est morte… vive l’ITS fourre-tout !

  1. Philippe Labansat dit :

    Le refrain des « profils vqriés » me fait doucement rigoler, sachant que, quel que soit la couleur, le sexe de l’impétrant, s’il vient d’Auteuil-Neully-Passy, ou des Minguettes, il produira toujours la méme administration, au service des mêmes politiques, et toujours dans le carcan moisi de la Vème république…

  2. Tusitala dit :

    Les profils variés sont ceux qui ne connaissent pas l’histoire de France , font beaucoup de fautes d’orthographe et n’ont aucune culture générale …
    Bonjour l’évolution du pseudo progressisme …
    moins de France et plus de mondialisation ..
    le voila le véritable but macronien…

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Sacré Coluche ! Merci J.M pour ce rappel…

  4. J.J. dit :

    Ce changement de nom de l’ENA me fait penser au capitaine des carabiniers dans l’opéra comique « Les Brigands », de Jacques Offenbach.
    Le capitaine constatant que la trompette qui annonce l’arrivée des carabiniers (qui arrivent toujours trop tard, c’est connu) avertit les brigands, qui ont ainsi le temps de détaler, il décide de la remplacer par un tambour.

    Pour faire mieux connaissance avec le monde de l’ énarchie et consorts, je vous recommande la lecture du petit ouvrage très édifiant qui illustre très bien le mélange des genres, : LES VORACES, de Vincent Jauvert (Robert Laffond), dans toutes les bonnes et vraies librairies et surtout pas sur Amazon, qui n’est pas une librairie.
    Pour étayer ses propos, l’auteur a consulté et cite les données fournies par la très officielle « Haute Autorité pour la Transparence de la vie Publique (HATVP).

  5. Coluche, le regrété; les fonctionnaires et son père ouvrier : https://www.dailymotion.com/video/x6v7fdm
    et un autre sur l’administration. Quelle gouaille ! https://www.dailymotion.com/video/x55p8f3
    à lire, aussi Crépuscule de Juan Branco https://juan-branco.fr/project/crepuscule/
    « Il est le premier livre documenté, truffé d’informations inédites et recoupées, sur la manière dont Macron a gagné le pouvoir et tente de s’y maintenir malgré le mouvement des gilets jaunes. Il raconte comment Bernard Arnault et Xavier Niel, aidés de Mimi Marchand, ont « fait » Macron en coulisse. Journal intime d’un compagnon d’armes et d’école de la génération dorée à la tête des affaires publiques depuis l’élection présidentielle, c’est un témoignage saisissant sur l’avènement du président et de son entourage direct, les ministres, secrétaires d’Etat, conseillers, banquiers, milliardaires qui l’ont porté à la magistrature suprême et ont eux-mêmes fait leur place sous les ors de la République. Juan Branco a leur âge, il a fréquenté leurs écoles et les connait intimement. Il a récolté les confidences d’amis, de proches. »
    Il est aussi question de Gabriel Attal…

  6. GRENE CHRISTIAN dit :

    Pourvu qu’il ne nous remplace pas ce haut-lieu des pouvoirs par l’Ecole Nationale des Analphabètes. A l’ancien de l’Ecole Normale!

  7. Bernie dit :

    Bonjour tout le monde,
    Nous assistons à une stratégie managériale depuis les années 70. Tout a été pensé avec stratégie politique et syndicale. Bravo.
    Que faisaient les syndicats à la table des négociations avec le medef et autres hauts fonctionnaires ? Maintenant c’est l’arrêt et tout le monde descend.
    .

  8. faconjf dit :

    Et voila la boucle est bouclée, la crise de GJ a contraint l’exécutif à modifier ( en apparence) le Système. pour ceux qui en ont le courage il peuvent lire la lettre de mission confiée à Frédéric Thiriez . http://data.over-blog-kiwi.com/1/52/74/42/20190529/ob_d92501_2019-05-24-lettre-m-thiriez-1.pdf
    Disparu des écrans radars après quatre mandats à la tête de la Ligue de football professionnel, l’avocat réapparaît par la volonté du président Macron pour encadrer la suppression de l’École nationale d’administration. C’est bien l’ancien président de la Ligue de football professionnel, mais aussi ancien énarque, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, qui a été choisi à 66 ans par Emmanuel Macron pour réformer la haute fonction publique et accompagner la fin annoncée de l’ENA.
    Nul besoin d’être fin connaisseur du sujet pour voir que cette mission n’a rien à voir avec la « suppression » annoncée des Grands Corps : mi-figue mi-raisin (c’est-à-dire « en même temps »), elle ménage « la chèvre et le chou » (pour explorer les expressions synonymes). En fait, aux mieux, elle ménagera les situations acquises, au pire elle conduira à une situation aggravée.

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