Lire tout ce qui est publié sur la crise que traverse le club de football des Girondins de Bordeaux peut prêter à sourire tellement on est éloigné de la situation réelle. Depuis que King Street a décidé de se retirer sans tambours, ni trompettes on assiste à un feuilleton qui me rappelle étrangement celui de 1991 quand les moins de 30 ans n’étaient pas nés. Au terme de la saison où le club finit dixième (mais manquant d’un rien une qualification en Coupe d’Europe lors du dernier match perdu 1-0 à Lyon), la DNCG décide de reléguer administrativement les Girondins de Bordeaux en D2 en raison de leur déficit budgétaire (environ 45 millions d’euros). Les sportifs avaient fait le job et pas les dirigeants. Là on en est mal sportivement. 

Cette somme est intéressante car pour le moment, et sous réserve d’un audit plus poussé, le club des rives de la Garonne n’aurait besoin pour se relancer que de…. 50 millions d’euros d’apport immédiat, une somme à la portée des candidats potentiels à la reprise. Le vrai problème actuel n’est donc pas forcément financier mais surtout sportif. Le danger ne réside pas dans l’absence de financement mais dans la  relégation en D2 à cause de mauvais résultats sur le terrain. Et c’est là le plus inquiétant.

Beaucoup plus que la responsabilité du Président actuel c’est celle des « acteurs » qui est primordiale. Il leur faut engranger 3 « petits » points en 4 matchs ce qui paradoxalement ne paraît pas insurmontable mais qui l’est en raison de l’état d’esprit du groupe actuel. Faute de récupérer ce « pactole » contre Rennes ils joueront une finale de la descente, lors de ce que l’on appelait à la belle époque, le derby de l’Atlantique. Un face à face dramatique car celui qui perdrait signerait probablement la fin du club ! Les Bordeaux-Nantes d’antan à la belle époque étaient plus enthousiasmants.

Si à Nantes le financeur Wladimir Kita ne s’est pas encore retiré il le fera sans trainer si les Canaris dégringolent de la Ligue 1 et si les Girondins perdent et descendent ils envoient de leur coté le club aux oubliettes, car qui rachèterait une ambulance sans aucun patrimoine et aucun revenu en L2 pour… 50 millions ! Dans le contexte où se trouve le football français il serait suicidaire de débourser une telle somme. En effet l’appel d’offres pour la retransmission de Ligue 2 sera, selon tous les spécialistes, infructueux et personne ne retransmettra les matchs la saison prochaine.

Canal + , fort des déboires de Mediapro, ne va pas en effet se saigner à blanc pour renflouer des clubs en piteux état. Le résultat de la consultation ne sera pas, c’est une certitude, à la hauteur des nécessités dont ils ont besoin. Investir dans le football comporte donc bien des risques et selon les estimations, pour relancer vraient Bordeaux, c’est entre 100 et 150 millions sur deux saisons, à mettre sur la table pour sécuriser la reprise mais sans espoir de les revoir dans un avenir proche. Certains candidats vont vite mettre de l’eau dans leurs grands crus !

Seul habilité par le loi à organiser la cession du club, d’en fixer les conditions et d’apprécier les réponses, le Président actuel a jusqu’au 1° juillet pour trouver le (les) oiseau.x rares. Il reçoit des appels mais il répond à ses interlocuteurs souhaitant le rencontrer : « apportez moi la preuve que vous avez consigné 50 millions sur un compte fiable  et on discutera ! ». Les grandes déclarations d’amour ne changeront pas la donne de cette somme socle. Sauf, comme ce fut le cas en 1991 à vouloir se faire de la pub à bon compte sans avoir le moins du monde les moyens de ses annonces.

Pour l’instant le seul souci de toute la techno-structure bordelaise réside dans l’état d’esprit des… joueurs. Entre ceux qui ont déjà tiré un trait sur la saison car assurés de changer d’air, ceux qui cherchent une piste pour se recaser ; ceux qui attendent pour voir quel sort leur est réservé, les combattants dont a besoin le club se font rares. Le Président n’y peut rien ou pas grand chose… mais il faut bien trouver un responsable. Rien ne saurait être réglé avant que le verdict sportif soit prononcé et il ne dépend pas de « l’actionnaire » !

Parmi les handicaps qui plombent la reprise figure également celui du… stade au loyer trop cher pour le club (4 millions), trop grand dans les prochains mois, peu productif dans la configuration actuelle de sa gestion complexe à tiroirs caisses successifs. Le montage du financement de cet équipement isolé, disproportionné aux besoins, onéreux en exploitation va vite montrer ses limites surtout si le seul utilisateur disparaît ! Là encore il suffirait de 3 points pour que l’on respire un peu mieux du coté de la Métropole… car la facture risque d’être salée surtout si on allait vers un dépôt de bilan ! 

On oublie aussi (et c’est dommage) que par contre l’équipe féminine troisième de son championnat a de fortes chances d’être européenne la saison prochaine. Leur réussite indéniable, occultée par les piètres performances des hommes, risque d’être inutile. c’est affligeant ! Des mauvaise langues prétendent que si le club voulait se maintenir les joueuses pourraient peut-être mieux y parvenir que leurs homologues masculins… mais ça c’est une plaisanterie de mauvais goût.