Tous les jours dans les PMU les joueurs cherchent désespérément à identifier dans une liste de partants le nom des favoris. Une tache dont je mesure la difficulté chaque mercredi matin au moment de rejoindre les copains qui font Bistrot… En ce moment le talent de dénicheurs de chevaux est utilisé pour tenter de prévoir le premier tour des élections cantonales et régionales. L’ordre du quinté gagnant et encore plus celui du tiercé relève de la prouesse en raison de la participation annoncée.

Le pronostiqueur électoral sort en général une calculette pour fondre ou retirer des pourcentages. Il tente d’interpréter les scrutins antérieurs pour évaluer les chances des uns ou des autres. Les déclarations des grands entraîneurs nationaux influent sur ses prévisions qui se veulent des prédictions. Le vrai problème c’est que les paramètres utilisés varient selon les analystes et le moment de la matinée. Souvent ses calculs ne servent qu’à confirmer ses chois personnels. La numérologie l’assiste dans ses résultats.

L’intuitif a une vision beaucoup plus nuancée de la notion de favori. Il hume l’air, regarde les documents qu’on lui a donnés sur le marché, évalue les chances et se refuse à ignorer la valeur humaine des divers partants. Pour lui la sensation l’emporte sur toute autre considération. Ce chercheur de la grosse côte évalue mais de cherche pas trop a raisonner. Pour lui la personne l’emporte sur l’étiquette et il jauge plus qu’il juge. En cette période où le contact humain n’existe guère ses pronostics relèvent de la « cafédomancie. »

D’un mercredi à l’autre les choix varient. Il en est même autour de la table qui se réfèrent à la météo avant de se prononcer. « Dis-moi s’il fera beau le 20 et je te dirai ce que je pense ! ». Les partis, les états de service lui importent peu… le malin sait bien que le résultat repose sur la motivation de celles et ceux qui viendront dans « l’urnodrome ». Ses interprétations sont ensoleillées ou pluvieuses et ses théories assez simples.

« Si le réchauffement climatique franchit quelques degrés au-dessus de la moyenne de saison, les dénonciateurs de ses conséquences comme ceux qui les nient prendront la direction de la mer et là vous savez que les extrêmes seront à la fête car la majorité des « joueurs » aura plus de 60 ans. Les vieux feront la décision ! » Son avis est écouté car tout pronostiqueur qui se respecte sait bien qu’un terrain sec, gras ou humide change souvent la donne ! Son message sera donc donné juste avant le premier tour… Lui il fait la pluie ou le beau temps ;

Que dire de l’indécis ? Il est ballotté par les avis des autres. Il tourne et retourne les arguments développés refusant de prendre une position tranchée. Il attendra le résultat pour affirmer qu’il « l’avait bien dit ! »  mais avant il tergiverse, transige, mégote et quand il a fini de s’exprimer il y a une tripotée de favoris et tout autant d’outsiders. Il ne faut jamais le présenter aux entraîneurs et aux concurrents car il est capable de les démoraliser en quelques mots. Alors ces derniers l’évitent comme un pilote de course faisant demi-tour en votant un chat noir traverser devant leur bolide. Il ne joue pas car ce serait se mettre en danger.

Dans le fond tout le monde se met à table. Il y a autant d’optimistes que d’écuries en course. Ils s’esbaudissent sur les qualités de leurs candidats à la victoire et tentent de communiquer leur enthousiasmes aux hésitants. Son exubérance contraste singulièrement avec le silence du pessimiste qui n’ose pas gâcher la fête. Dans le fond tout « réaliste » devient prudent et se dit que tous les lendemains de cette course réputée démocratique recèle bien des mystères surtout pour les places d’honneur.

La tablée s’accorde sur un seul point : la corde à droite semble bien avantageuse dans le contexte actuel. Le nom de l’entraîneuse vedette dope les énergies sur tous les terrains. Elle au moins elle va remettre de l’ordre dans le peloton. D’ailleurs pas loin d’elle on se bouscule pour se mettre dans son sillage ou pour copier son allure. A force de dire qu’elle est favorite pour tout et tout le temps elle attire même les adeptes du qui perd gagne !

Face à cette incertitude intolérable pour les grandes épreuves régionales, les médias ont dégainé leurs sondages pour tenter de rassurer les uns ou inquiéter les autres. Ils installent des favoris sur un piédestal très fragile. Les pronostiqueurs d’envergure locale n’aiment pas qu’on leur force la main. On les prive du bonheur de jouer aux politologues de comptoir avant que ne débute une autre séquences liée à l’Euro de Football. Et alors là les cantonales représentent de la roupie de sansonnet.