Le 23 juin 1991, Ghislaine Marchal, la riche veuve d’un équipementier automobile, était découverte baignant dans son sang dans la cave de sa propriété de Mougins. Elle a succombé à plus d’une dizaine de violents coups de couteau, l’un d’entre eux traversant le foie, un autre lui sectionnant quasiment un doigt. En arrivant sur place, les enquêteurs ont d’abord découvert que la porte de cette cave avait été fermée de l’intérieur. Et, surtout, que des inscriptions en lettres de sang ornaient deux portes : « Omar m’a tuer » sur la porte de la cave à vin et « Omar m’a t » sur celle de la chaufferie.

Une affaire judiciaire de longue haleine débutait. Elle intervenait dans un climat tendu où allait s’affronter de très nombreux experts autour de cette inscription. Ne sachant pas s’exprimer en Français de manière satisfaisante le jardinier Omar Raddad finissait par craquer et fit très vite figure de coupable. Il fut donc accusé du meurtre de sa patronne. Arrêté il fut condamné en 1994 à 18 ans de réclusion criminelle sans la possibilité de faire appel. Avant que Robert Badinter fasse abolir la peine de mort cette sanction aurait pu lui être appliquée ou au moins réclamée.

Mais en 1996, il a bénéficié d’une grâce partielle de Jacques Chirac lui permettant de sortir de prison, sans être innocenté pour autant. Depuis, il clame son innocence et réclame un procès en révision afin d’être blanchi. De nombreuses failles dans le dossier furent à la base de multiples contestations d’un verdict jugé pour le moins hâtif dans ses conclusions. Une erreur judiciaire potentielle au minimum et certaine au maximum pour beaucoup ferait le malheur de ce Marocain n’ayant jamais faibli dans son refus de reconnaître ce meurtre.

Tous les arguments avancés par le jardinier sont en effet réfutés par l’accusation. Il a su lors de son interrogatoire ne jamais se contredire en expliquant avoir travaillé toute la matinée du 23 juin chez une voisine de la victime. À l’heure du crime, fixée par l’enquête aux environs de 12h, il affirme être passé acheter du pain. Malheureusement, aucun employé de la boulangerie n’est en mesure de corroborer sa version. Ses dénégations ne servirent à rien d’autant qu’il n’arrive pas à s’exprimer correctement.

L’accusé et sa femme, Latifa Cherachini, entretenaient de très cordiaux rapports avec sa Ghislaine Marchal, qu’Omar considère même comme « une seconde mère pour lui ». Ensuite, le jardinier n’a pas été vu sur la route de « La Chamade » le jour du meurtre et sur la scène de crime, aucune trace susceptible de trahir le passage d’Omar n’est relevée par la police scientifique. Au contraire, au fil des expertises ADN, quatre ADN masculins différents sont découverts sur la scène de crime. Aucun n’appartient à Omar Raddad. Bref le bénéfice du doute n’ absolument pas bénéficier au coupable idéal désigné par le message.

Cruciverbiste affirmée, la victime aurait avant de mourir en utilisant son sang commis une énorme faute d’orthographe en mettant tuer à l’infinitif. Cette fameuse phrase sera ressassée, transformée, utilisée et transformée. Elle servira de support à un film et à de nombreux livres sur un crime odieux mais réellement non élucidé. Omar Raddad s’impose une grève de la faim à deux reprises, et, désespéré, tente de mettre fin à ses jours en mars 1993. Son procès s’ouvre finalement le 24 janvier 1994 devant une salle comble et débouche sur la condamnation que l’on connaît.

Le 10 mai 1996, Omar Raddad est gracié par le Président Jacques Chirac. Il est libéré deux ans plus tard, le 4 septembre 1998, mais continue encore aujourd’hui, après une demande de révision du procès rejetée en 2002, de plaider son innocence. En effet la grâce n’efface pas la condamnation. Il lui faut apporter des preuves irréfutables de « l’erreur » commise à son égard pour que la justice entrouvre la porte d’un éventuelle révision de son procès.

Il a donc déposé une demande en révision, estimant qu’il y avait de nouvelles informations sur les traces ADN découvertes sur les inscriptions en lettres de sang. Elles ne sont pas si nouvelles que cela. En réalité, un expert, le docteur Olivier Pascal, a mis en évidence en… 2015 quatre ADN (deux complets et deux incomplets) sur les fameuses portes. Cette découverte n’aboutira à rien de concret. Raddad reste un coupable sans aucune preuve formelle sur son acte criminel. Il faudra beaucoup d’énergie à son avocate pour obtenir une sorte de délivrance.

Une seule question me taraude : que serait-il advenu de cet homme avant 1981 ? Quel sort lui aurait été réservé ? J’ai comme un doute qui m’assaille…Sommes nous dignes du pays fondateur des droits de l’Homme !