Les guinguettes comme les fameuse paillotes tirent leur célébrité autant du cadre dans lequel elles sont implantées que de la qualité des produits servis. Lignan de Bordeaux possède la sienne qui, même éloignée du ruisseau, retient l’attention d’un nombreux public avec sa terrasse en bord de piste cyclable Roger Lapébie. Le Bistrot faisant justement référence à La Pimpine constitue une halte incontournable pour les cyclistes non obsédés par la montre et un rendez-vous prisé par les gastronomes ou les retraités en mal de distraction.

Léo, Gérard et Sliman y font en ce nouveau matin tristounet une halte réparatrice. « Trois cafés allongés avec un verre d’eau ! » demande l’un de ceux qui vient de ranger son vélo chargé comme un âne bâté. Tous trois constatent que l’acide lactique dont on parle à longueur de commentaires sur les échecs des Français aux JO est bel et bien une réalité. Ils se sont offerts une escapade depuis Bordeaux pour passer une nuit à… Le Pout. Pourquoi prendre des vacances même courtes à Le Pout ?

« On a trouvé une lisière de bois sympa pour une nuit de détente. Il nous fallait nous retrouver et respirer un peu hors de Bordeaux  explique Léo. On n’en peut plus dans le contexte de ces derniers mois. Alors dès que l’alignement de nos agendas l’a permis avec l’accord de nos épouses ou nos compagnes, on s’est décidé pour un bivouac. Nous sommes super bien tous les trois dans la nature et hors du monde. » Sur le retour vers Bordeaux ils ont du mal à digérer les kilomètres de l’aller émaillés de quelques raidillons dont le Créonnais a le secret. La nuit sous la tente n’a pas favorisé par ailleurs la récupération.

« Je connais la piste. J’y viens avec ma compagne. C’est celle que nous préférons en Gironde !  » raconte Gérard quand son copain explique que lui il la parcourt en famille. « Pas facile car il y a des cyclistes qui descendent à toute allure depuis Créon slalomant entre les vélos des enfants et les promeneurs. Une fois l’un d’entre eux porteur du maillot d’une équipe du Tour a failli nous accrocher. Je lui ai adressé une remarque. Il s’est arrêté et m’a lancé : ‘moi monsieur je suis professionnel et je sais ce que je fais !’ Je me demande ce qu’un pro venait faire sur cette piste essentiellement familiale ! »

La rançon du succès et d’ailleurs en fin de matinée la circulation s’accélère devant le Bistrot de la Pimpine qui attend le coup de feu de midi. La discussion se poursuit quelques minutes. Les questions fusent sur le statut de la « piste » ou sur son nom. « Qui était Roger Lapébie ? » me demande l’un d’entre eux mettant en évidence une forte différence de génération. Les « boys-scouts » trentenaires savourent leur « dernier » café de liberté avant de revenir en ville et retrouver une vie sociale n’ayant rien de commun avec leur goût pour le bivouac sommaire. « Dommage que le soleil ne revienne que maintenant ! » lâche Léo avant de retrouver son robuste VTT surchargé.

Dès leur départ une interpellation surgit de la table voisine. Un retraité silencieux devant l’un des bocks qu’il déguste à petites gorgées depuis l’ouverture : « Assieds-toi ! Je connais bien ton frère. J’ai un message pour lui ! J’ai travaillé à l’AIA avec lui ! » J’apprends vite qu’il en est retraité « depuis 21 ans », qu’il en était « décolleteur ». Il habite « Floirac depuis toujours » et vient au Bistrot « retrouver des copains qu’il y a trouvés ! ».

« Dis-moi est-ce que tu aimes les écolos ? » La question a de quoi surprendre ! Le gars au demi me met la pression. Installé dans le silence devant son verre il attend que je me prononce. Je lui explique qu’il y a des bons défenseurs de l’environnement et des plus critiquables avant de constater que la « demi-mesure » ne doit pas être de mise. « Je suis chasseur et ils veulent la mort de la chasse alors que nous participons à l’entretien de la campagne. Je suis aussi pêcheur et ils s’attaquent à al pêche. Regarde, ils ont voulu nous interdire la pêche au vif à Bordeaux-lac ! Comme on a protesté ils ont mis de l’eau dans leur vin… » Le ton monte. Jean-Louis sociétaire du Roseau Floiracais a besoin d’un gorgeon bien senti pour refroidir sa colère.

« Tu vas dire à ton frère qu’il faut qu’il règle son compte aux écolos et à Hurmic en particulier, ce gars là est dangereux. » L’énoncé d’une vraie mission impossible dont je ris intérieurement car je m’attendais à ce qu’elle m’incombe… Mais visiblement sa confiance dans celui avec qui il a travaillé de longues années le conduit à me confier seulement le statut de commissionnaire. Je m’en acquitte du mieux possible avec une pointe de malignité. « Tu reviendras boire un coup en on en reparlera » ajoute jean-Louis qui a bénéficié du renfort d’un copain, grand pêcheur comme lui. Je rentre à pied le long de la piste mais c’est certain je retournerai sur cette terrasse à rencontres.