Les Mousquetaires de la résilience salutaire

En ce lundi matin, la place centrale de Créon et les couverts qui la bordent hésitent à s’ouvrir sur l’été déclaré perdu corps et bien depuis quelques semaines. Les fermetures hebdomadaires sont renforcées par l’installation du pass’ sanitaire qui conduit à la prudence dans sa mis en œuvre. Le Bistrot des Copains a grille close rendant la situation encore plus problématique pour les échanges. Heureusement, les habitudes ont ceci de rassurant qu’elles sauvent des situations imprévues. Très vite dans le désert du jour se profile une rencontre à vivre. 

Marc a trouvé une solution pour déguster le café du matin, le meilleur, celui qui redresse tous les torts de la météo, qui efface les tourments des écrans noirs des nuits blanches, qui remet sur le chemin de l’espoir. Vers 9 h 30, comme le veut son emploi du temps, il a filé à fauteuil roulant ouvert vers son refuge « institutionnel » sous les arcades. Tout schuss il a remonté la rue où il habite à quelques mètres de chez moi profitant d’une circulation automobile famélique pour se poster sous l’arcade abritant la crêperie. Qu’il pleuve ou qu’il vente il gare son « véhicule électrique » toujours au même endroit comme pour se rassurer.

Lourdement handicapé Marc vit jour après jour, été, comme automne ou comme hiver sur la base d’horaires contraints très précis. « Je suis tributaire des personnels de santé ou d’accompagnement qui s’occupent de moi. Mes temps libres dépendent de leurs disponibilité. En cette période, avec les congés c’est compliqué et ma journée est rythmée par leurs visites ; » Pas de révolte, pas de revendication : marc accepte la vie telle qu’elle est avec humour. Il dévore déjà à 11 heures son sandwich du déjeuner devant un café allongé que Monique ou ses employés lui ont préparé malgré la fermeture. Il attend patiemment. Il ne proteste jamais. Il dort même parfois sur son fauteuil en attendant que le rendez-vous journalier se concrétise. Pour lui un lundi estival ressemble à tous les lundis de l’année.

Il se rend quand la bise devenait trop forte pour son corps immobile se réfugier chez Cherif ou chez son successeur qui l’accueille à l’intérieur de son local de restauration rapide. Mais en août normalement pas besoin de refuge :  il s’installe au soleil comme un gros matou en attendant son café réveille matin ! Sauf qu’en 2021 c’est un peu raté. Toujours cependant  une plaisanterie, une boutade, une taquinerie : Marc constitue le meilleur élixir anti-cafard de la terre. Quelques minutes avec lui et on mesure, grâce à sa gentillesse et sa résilience, le décalage entre ce que l’on pense être des soucis insurmontables et sa situation. C’est mon baromètre des bonheurs simples.

« Le plus dur c’est que je sois manger le soir à 17 heures. En été c’est dur avoue-t-il. Les infirmières passent me coucher vers 18 heures. Alors quand le soleil brille c’est difficile et pour moi il n’y a plus d’été ou de sorties possibles. C’est ainsi! Elles ne peuvent pas faire autrement tellement elles ont du boulot…Encore heureux que j’en ai une ! La kiné intervient quand elle peut avec des horaires variables en début d’après-midi ce qui me bloque uassi à la maison. » On sent passer un zeste de regret car Marc aime la vie, le partage, l’aventure même or ses journées se ressemblent toutes. Alors dès qu’il le peut il fonce avec le nouveau fauteuil ultra-rapide qu’il a acquis il ya quelques mois. 

Parfois il déroge à ce corset d’obligations thérapeutiques. Son ami François arrive à fond les manettes du fauteuil roulant, de la commune voisine et tous deux se retrouvent à une terrasse ou pour papoter avec leurs connaissances. Toujours le sourire et la simplicité.  « Une fois raconte un témoin j’ai été le relever en contre-bas de la route. J’étais en train de boire un coup chez un copain quand j’ai entendu plusieurs appels à l’aide assez lointain. Francis avait chuté avec son fauteuil assez loin et il était invisible depuis le chemin raconte celui qui l’a sauvé. On a mis pas mal de temps pour le sortir de sa fâcheuse posture ! » L’accidenté sourit et envoie une plaisanterie en guise de réponse : « J’avais manqué le virage à cause du gravillon ! Une erreur de pilotage. Ça arrive à tout le monde ! »

Marc et François, antidotes contre la morosité, forment avec Pascal, actuellement bloqué par des soucis de santé, un trio de Mousquetaires de l’optimisme. J’adore Pascal avec toujours une blague, une fantaisie et un gentillesse effaçant ses doutes et ses douleurs. Gouaille, joie de survivre, appréciation réaliste de leur situation et de leur handicap, ils apportent ce supplément de volonté qui manque souvent à celles et ceux trouvent que tout va mal pour pas grand chose. Pour eux s’installer à la terrasse d’un café, partager avec les pessimistes ou les raleurs invétérés » que nous sommes, suffit parfois à mettre un peu de soleil dans l’eau froide de leur quotidien. Dans le fond ce sont mes « pass’ relativisation » de mon quotidien. 

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6 réponses à Les Mousquetaires de la résilience salutaire

  1. Grene christian dit :

    Jean-Marie, je te reconnais bien là. La classe.
    A propos de classe, je remarque que tes élèves rechignent devant mes anagrammes qui devaient constituer leurs devoirs de vacances.
    Temps pis alors, puisqu’il fait beau!

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Comment expliquer que « les hypocondriaques sans problèmes » soient les seuls à se plaindre de douleurs qu’ils ignorent ? !

  3. Grene christian dit :

    Bientôt 14h00, la cloche va sonner. Avant de m’absustenter, je vous livre une réponse à l’anagramme d’hier autour du « Hamlet » de Shakespeare. « Etre ou ne pas être, voilà la question » est devenu: « Oui, et la poser n’est que vanité orale ». A demain, si vous le valez bien!

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