Un congrès des maires avec un enjeu très présidentiel

Le Congrès de l’Association des Maires de France va se tenir cette semaine avec à la clé, l’élection de son comité directeur et son Président qui n’a pu avoir lieu l’an passé. Il y a fort à parier que les prétendant(e)s à l’Elysée défileront dans les allées du salon pour celles et ceux qui n’ont pas le statut d’élu(e) et pour les autres dans les couloirs du rassemblement de milliers de premiers magistrats. Cette institution à laquelle j’ai appartenu (1) constitue en effet une force redoutable par sa puissance institutionnelle. Aucune réforme liée aux statuts des communes et à leur vie quotidienne n’échappe au contrôle de l’AMF. Un contre-pouvoir redoutable.

La bataille fait rage entre les tenants de la ligne « canal historique » et celle de la « rénovation ». Le départ de Francois Baroin a en effet ouvert la boite à gifles puisque après avoir manqué totalement le rendez-vous des municipales LREM et ses alliés ont mis la conquête de l’association en marche. Bien évidemment ces grandes manœuvres sont placées sous le signe de « l’indépendance » à préserver face au pouvoir gouvernemental. Pesronne n’est dupe. Jusqu’à présent elle a été maintenue avec une entente entre la Droite dite républicaine et la Gauche dans sa configuration la plus large. La candidature de Philippe Laurent veut mettre un terme à ce pacte de gouvernance et provoque donc pour la première fois depuis plusieurs décennies, une véritable élection.

Ayant fréquenté la maison du 41, quai d’Orsay je mesure le climat qui doit y régner. La cohabitation qui permet la répartition des postes dans toutes les instances nationale n’existera plus quel que soit le vainqueur. C’était jusque-là la force essentielle de l’AMF que celle de présenter un visage uni et solidaire face au gouvernement et de pouvoir actionner au Sénat (surtout) mais aussi parfois à l’Assemblée, des parlementaires de tous bords pour amender les textes ou même les repousser. Les positions prises par François Baroin ont ainsi souvent fait « tousser » la majorité actuelle. Il est certain que le maire de Troyes a été dans le collimateur en raison de ses prises de position réitérées sur les lois relatives aux statuts des collectivités. Et pourtant…

Durant le court mandat que j’ai effectué sous la présidence de Jacques Pélissard j’ai connu un moment particulier concernant la carrière de celui que bien des membres LR voyaient candidater à la désignation de son camp pour l’élection à l’Elysée. En abandonnant en 2014 mon mandat de maire je perdais un « poste » national très intéressant (responsable national du sport et de la vie associative) que j’appréciais. N’étant plus candidat au comité directeur de l’AMF il m’avait été confié avec d’autres la tâche de participer à la commission électorale du Congrès de novembre. Avec Jean-Claude Frécon (sénateur maire de Pouilly-lès-Feurs commune du Forez) aujourd’hui décédé, nous devions organiser le scrutin avec un vote pour celles et ceux qui le voulaient sur des machines électroniques et mettre en place les modalités des candidatures.

A ce titre de manière purement formelle, car François Baroin était le seul candidat annoncé, nous devions en plein été 2014, valider les listes et les prétendants au poste de Président. Une date avait été donnée avec 14h comme heure butoir. Compte-tenu du manque de suspense je me retrouvais seul lors de la réunion (les membres de la droite ne venaient quasiment jamais). Tous les dossiers étaient prêts et il ne devait s’agir que d’une pure formalité. Lorsque je demandais quels étaient les candidatures déposées avant 14 h je sentis qu’il y avait un moment de panique : il y en avait aucune ! François Baroin et son entourage ne s’étaient pas préoccupés de cette démarche. Il n’y avait pas de courrier ou de mails. Officiellement il n’était pas candidat en ayant considéré que son élection était acquise.

Je devins tout à coup un personnage important. Tous les collaborateurs autour de la table guettaient ma réaction. En suggérant que le Président bénéficiant du soutien de la Droite et de la Gauche, envoie rapidement un fax pour qu’au moins il en reste une trace je soulageais tout le monde. Les téléphones se mirent en action au plus haut niveau. Une discussion animée relative à la fiabilité des machines à voter permit d’attendre que le document parvienne bien après les délais imposés par les textes de l’AMF…. On referma le dossier et on oublia ce point de détail mais je m’étais bien amusé. François Baroin fut évidemment élu… et tout resta secret.

Cette fois ce devrait être plus vérifié. Pour départager David Lisnard (maire LR de Cannes) et Philippe Laurent (Maire de Sceaux), les 35 000 maires de France voteront en effet ces 16 et 17 novembre, lors du congrès de l’AMF. Pour la première fois, le vote sera 100% électronique. Les deux camps espèrent un sursaut de participation: en 2017, seuls 2 000 édiles avaient pris part au scrutin, un scrutin sans grand enjeu puisqu’une seule liste d’union était en lice, menée par Baroin, candidat à sa réélection. Cette fois il en sera autrement. Une seule certitude l’AMF n’en sortira pas aussi solide que par le passé.

(1) J’avais remplacé en cours de mandat Françoise Cartron qui avait abandonné son mandat de maire d’Artigues prés Bordeaux. J’entrais au comité directeur et au bureau de l’AMF pour 3 ans.

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6 réponses à Un congrès des maires avec un enjeu très présidentiel

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    @ à J.J.

    Merci pour cette transmission , et en échange… une confidence : il m’est impossible de regarder ces évènements biélorusses… car « l’histoire bégaye… », ce qui me conduit à rappeler « qu’un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». Qu’en on voit le temps mis par l’état français à reconnaître ses « pillages d’œuvres d’art africains », on peut et doit pouvoir mesurer le temps qu’il faudra à la France pour accepter et reconnaître enfin sa véritable Histoire des années 1936-1945.

    • Bernie dit :

      Bonjour Laure,
      Cherchez sur internet.
      Bonne fin de journée.

      • laure Garralaga Lataste dit :

        @ à Bernie

        Je n’ai pas besoin d’internet où l’on trouve surtout des histoires… J’ai la Mémoire des miens et les archives… je peux ainsi, comme Jean-Marie, graver l’Histoire dans le marbre de l’écriture…

  2. christian grené dit :

    Jean-Marie, rejoins-moi à l’APF (Assemblée des pairs du Fronsadais). Je t’y introniserai personnellement et tu deviendras de facto membre du Club des Ripailleurs où l’on goûte aux délices du « vivre ensemble » mieux qu’ailleurs.

  3. Bernie dit :

    Bonjour à vous tous,
    Je n’ai aucun intérêt particulier dans le contenu de vos messages transmis. Jean marie est seul aux commandes de son blogue. Vos messages sont interpersonnels et ne m’apportent aucune information utile.

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