La proximité, stratégie gagnante de Jean-Pierre Pernaut

Jean-Pierre Pernaut a définitivement pris ses distances avec cette proximité avec les téléspectatrices et téléspectateurs âgés en majorité qui lui faisaient confiance. Présentateur du journal télévisé de la mi-journée depuis le 22 février 1988 il avait simplement transféré à la télévision ce que la presse quotidienne à une autre échelle, mettait en œuvre alors avec succès. Il avait inventé « la locale » sur un média essentiellement confectionné à Paris, par des journalistes mal à l’aise par rapport avec la France réputée profonde. Sa fidélité jusqu’au dernier JT qu’il ait présenté à cette stratégie lui valu bien des sarcasmes tant elle était décalée avec les habitudes de rédactions télévisées habituées à répercuter vers le « bas » les consignes du « haut » mais elle aura été gagnante.

En replaçant l’humain avec ses simplicités parfois caricaturales au coeur du journal dont il avait la responsabilité Jean-Pierre Pernaut a réussi à fidéliser une audience car cette télévision lointaine, abstraite, aseptisée ou trop visiblement contrôlée devenai accessible, concrète, ayant des couleurs, des saveurs et des odeurs. Résultat, cinq mois après son arrivée, son « 13 heures » passe devant celui d’Antenne 2, pour ne plus quitter la première place. Comme les gens qui le regardaient, Jean-Pierre Pernaut parlait sans prompteur, conduisait sa voiture, protestait en direct contre les « bouchons », poussait des coups de gueule, faisait ses courses…Il était le présentateur parfait pour inspirer confiance.

Les hasards « des vies » que j’ai traversées m’ont conduit an 1983 à bénéficier d’un stage de formation au médias au sein de la rédaction sportive d’Antenne 2. Grâce à la recommandation d’un grand reporter de Sud-Ouest je fus accueilli avec bienviellance dans les bureaux de l’avenue Montaigne où en  cette période les locaux étaient occupé par des « vedettes » du petit écran. Robert Chapatte en était le chef invisible, Roger Couderc se contentait de rares apparitions autour d’un liquide jaune dont je découvrirai qu’il constituait la base du dialogue professionnel. Thierry Rolland assurait le minimum de sa rubrique dont il il confiait l’essentiel aux stagiaires dont j’étais.

Tous les autres assuraient le quotidien avec plus ou moins d’assiduité. Pas question cependant pour eux de sortir de leur rubrique et du suivi des grands événements. Jean Mamère, Jo Choupin, Pierre Fulla, Alain Vernon nouvel arrivé dont je me souviens avaient une activité beaucoup plus conséquente surtout le week-end pour l’emission Stade 2 que présentait personnellement Robert Chapatte. La plupart d’entre eux effectuaient surtout des « ménages » dans des magazines ou pour des colloques ou des réceptions. Ils étaient des « vedettes » et parfois peu des journalistes ! 

Je fus affecté pour mon plus grand plaisir à la « liaison avec les journaux télévisés » de la journée aux cotés de Roger Zabel. Il accepta ma présence à ses cotés sans aucun problème et il m’emmena aux « fameuses » conférences de rédaction où je pus prendre conscience de la face cachée de le préparation de ces rendez-vous devenus essentiels en matière d’information. La première en début de matinée était placée sous l’autorité d’un certain Patrick Poivre d’Arvor ! Il présentait le 20 heures dont la rédactrice en chef est Christine Ockrent. Visiblement il n’était pas très concerné par les reportages fabriqués à Paris avec de grandes difficultés techniques pour s’adapter à une actualité fluctuante. Il quittera Antenne 2 en juillet 83

En fait j’ai découvert que des sujets pourtant essentiels étaient occultés en raison de moyens insuffisants ou que des « commandes » étaient faites avec une vraie orientation préalable décidée avant même que l’équipe parte sur le terrain. La seconde réunion éliminait, classait pour finir par donner vers 18 heures une maquette très corsetée. On « fabriquait » un JT que le présentateur n’avait plus qu’à mettre en scène et à « vendre ». Un grand sujet et une déclinaison de ce qui agitait les milieux officiels parisiens. 

PPDA avait sa propre secrétaire à laquelle il dictait son texte qu’elle dactylographiait pour le prompteur. Elle tournait durant le JT avec une manivelle le tapis sur lequel passait ce que lisait le présentateur. Cette dame était la seule capable de conserver un rythme convenant parfaitement à la diction que le téléspectateur devait trouver naturelle. Rien n’était improvisé ! Le JT de la nuit présenté durant mon stage par Claude Sérillon, était beaucoup plus détendu et d’un ton plus libre. De bien beaux moments avec un Roger Zabel chambreur et décontracté.

Je ne sais si Jean-Pierre Pernaut qui était entré à TF1 en 1975 avait vécu au sein de TF1 le même scénario. N’empêche que même s’il avait la réputation d’être autoritaire et exigeant, sa stratégie a pris le contre-pied exact de ce que le service public n’a jamais réussi à mettre en oeuvre (Bernard Langlois a essayé avant de faire virer) en une époque trop préoccupé par des querelles internes de pouvoir. Est-ce changé ? En tous cas quel que soit les analyses que l’on peut faire de « son » journal, Pernaut fut un professionnel ayant une vraie vision de son métier reposant sur le paradoxe de la « proximité » vue de Paris . Pas certain qu’elle lui survive.

Ce contenu a été publié dans ACTUALITE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à La proximité, stratégie gagnante de Jean-Pierre Pernaut

  1. Christophe B. dit :

    Jean Pierre Pernaut…
    Dans les années 90 le CNDP CLEMI avait édité un cassette vidéo sur le JT de Pernaut.
    Elle était très bien faite et elle était beaucoup empruntée dans « mon » médiabus.
    J’ai recherché sur internet et j’ai trouvé cette fiche descriptive d’un TDC de 2014 https://www.reseau-canope.fr/notice/tdc-n-1068-15-janvier-2014 qui y fait référence. Et oh surprise si on clique dessus on arrive à visionner le reportage de l’époque.
    Durant 30 ans le JT de Pernaut est resté une référence dans l’éducation aux médias télévisuels.
    Bien plus récemment encore, on trouve cette vidéo de 2019: https://youtu.be/SSpcVOfiPsY
    Je voulais juste faire ce clin d’oeil ici, sur le blog de quelqu’un qui a tant milité et contribué à l’éducation aux médias dans les écoles et contribué à en faire réaliser dans les classes, donc « ma » classe unique dans les années 87-90.

  2. J.J. dit :

    Rien à voir avec le sujet du jour, mais je pense que ce lien , que j’avais déjà publié hier soir, permettra d’avoir une idée un peu plus objectivé de la situation que la logorrhée manichéenne dont nous bombardent les médias autorisés.
    Ce n’est pas une justification de la guerre en Ukraine, à priori injustifiable, mais il faut, « quoi qu’il en coûte », savoir partager les responsabilités.
    D’autant que la personne interviouvée pourrait être très difficilement accusée de parti pris.
    https://youtu.be/SVWR1R6Et1I

    • Philippe Conchou dit :

      Rien que l’on ne sache déjà…
      Poutine n’est qu’un nostalgique archaïque (présénile ?) de l’URSS qui va mener son pays à la ruine et dans les bras des chinois.

      • J.J. dit :

        Philippe Conchou@
        Ce n’est pas pire que d’être les toutous et les larbins des gringos qui poussent au crime(du moment que ce n’est jamais sur leur territoire). On envoie quelques jeunes gens se faire massacrer, prétexte à de belles cérémonies au retour des cercueils portant la bannière étoilée, on se dit que l’on a sauvé la démocratie, que l’on est les maîtres du monde, et tout le monde est content.

  3. Philippe Labansat dit :

    Désolé, Jean-Marie, j’ai toujours ressenti le journal de Jean-Pierre Pernaut comme une insulte au télespectateur, considéré comme un bouseux incapable de comprendre l’information, la vraie, celle qui forge un citoyen.
    Très bien, la proximité, mais on n’a pas le droit, quelle que soit l’actualité, d’abreuver le téléspectateur de sujets tous plus ridicules dans leur insondable caractère anecdotique ou caricatural : le dernier sabotier de Trifouillis-les-Oies à toutes les sauces.
    France 2 fait aujourd’hui le même journal, que je ne regarde plus, non plus, depuis des années.
    Pourtant, le service public a su informer de manière remarquable. Souvenons-nous du Soir 3, dans les années 80, avec une formidable équipe de journalistes…

    • Philippe Conchou dit :

      Un peu sévère mais pas faux.
      L’info est surtout devenu un business destiné à vendre de la pub.
      Il est flagrant que le service public manque de moyens, même France Info qui traite l’info avec beaucoup de blabla et peu d’images.
      Par curiosité j’ai regardé CNN pendant toute une matinée, les moyens sont énormes avec de nombreux journalistes en direct sur le terrain.
      On peut penser ce qu’on veut de cette chaîne qui ne cache pas son antipathie pour les russes, mais j’y ai quand même vu une interview du président ukrainien en direct de son bunker et ça ce n’était pas trafiqué.

    • christian grené dit :

      OK avec toi, Philippe. Pernaut est mort, vive le père Noël et le Pernod! Pour moi, la honte du métier que j’ai exercé.. sur papier. A lire: « La télé rend fou » de Bruno Masure.

  4. Gilles dit :

    La communication, vaste fumisterie de la fin du 20ème et début du 21ème…
    Pour avoir travaillé dans ce secteur près de 20 ans, j’en ai vu de bien bonnes moi aussi!
    De la propagande déguisée, de l’information trafiquée, de la mise en scène à tous les niveaux…et avec les réseaux sociaux, cela n’est pas prêt de s’arrêter!
    Bref mensonge et barbarie telles seront les mamelles de l’humanité future…un retour aux origines en quelque sorte!
    Bonne journée quand même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.