Les bons comptes qui risquent de ne plus faire de bons amis

« Unité »… « Unité »… « Unité » : le mot incantatoire du troisième tour est sur toutes les lèvres dans le camp de la Gauche et de la Droite en prévision du « troisième tour ». Il est surtout sur les lèvres de bien des responsables ratatinés de l’étape initiale des Présidentielles. Tous espèrent qu’il constituera le sésame pour ouvrir quelques portes dérobées vers le Palais Bourbon afin de sauver les meubles de leur parti. En fait, comme le veut le système médiatique français, les véritables raisons qui rendent la réalisation de ce vœu unitaire impossible sont occultées ou ignorées. Elles sont surtout d’ordre financier en raison du système de financement des partis politiques. En fait si l’unité se réalisent elle achèvera des structures déjà comateuses et tout le monde hésite entre la mort lente ou le suicide.

Rappelons que depuis 1988, un financement public des partis est prévu, en fonction des résultats aux élections législatives et du nombre de parlementaires. Quand on sait que Les Verts, Les Républicains, le R.N, le P.S, le P.C sont des monuments en péril avec une trésorie dans l’orange ou le rouge vif, le premier tour des législatives devient aussi précieux que le tube reliant à la réserve d’oxygène pour un patient qui s’étouffe. Les résultats aux législatives comptent, pour ceux qui ont présenté des candidats ayant obtenu au moins 1% des voix dans au moins 50 circonscriptions et sous réserve qu’ils aient déposé leurs comptes auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

Il faut avoir en mémoire ce repère pour comprendre pourquoi le passage avec « intégration » sous la bannière « Union Populaire » est refusé pa les porteurs hégémoiques de ce label et craint par les autres. La rente durant la législature serait alors substantielle pour la NUP mais priverait les autres partenaires de leurs subsides. En fait La France Insoumise a entre ses mains la survie matérielle du PS, des Verts, des Radicaux divers et des Communistes. La première fraction de l’aide publique était en 2022 de 1,62 € par voix obtenues pour une législature par un(e) candidat(e) portant le logo officiel d’un parti et remplissant les conditions explicitées ci-dessus. Pour LR c’est 3,5 millions d’€ à retrouver. Pour le PS on risque de perdre une grande part des 1,6 millions alloués et chez EE-LV l’enjeu est de 0,7 millions.

Quant à LFI elle est certaine de dépasser les 2,4 millions dont elle bénéficie pour peu que les voix de Mélenchon se retrouvent sur les candidats de la « Nouvelle Union Populaire ». Désolé de tuer le mythe de « l’unité » présentée comme un acte de grande qualité morale et d’en faire une affaire de gros sous mais c’est la dure réalité.

Le problème touche également tous les nouveaux partis en cours de développement ou déjà installés autour du reconduit à l’Elysée. On a appris hier que c’est le Président lui-même qui attribuera les circonscriptions avant la fin de la semaine. Il avait appelé ses soutiens, dès le soir du premier tour, à «transcender leurs différences pour se rassembler» ce qui n’avait pas enthousiasmé les partis concernés. Problème: si lesdits soutiens s’accordent sur le principe d’une unité, personne ne s’entend sur ses contours et surtout sur l’abandon des ses retours sur investissement. Chez lui aussi la question centrale reste celle du financement de ses alliés comme « Horizons » d’Édouard Philippe, le « Modem » de l’ineffable Bayrou ou « Territoires de Progrès » et bien d’autres associations ou mouvements sans impact.. si Emmanuel Macron absorbe tout le monde dans un même mouvement, c’est ce mouvement là qui touchera le financement public. Ça veut dire asphyxie financière du MoDem et d’Horizons et dilution de leur poids politique. Ça va donc tanguer quand sortira la liste.

Celui qui est vraiment mal en point reste « Z » car ses besoins financiers pour maintenir le train de vie dont il a profité durant la campagne présidentielle, il lui faut un résultat de haut niveau dans 50 circonscriptions et avoir au minimum une centaine de couples candidats. Comme les territoires où il a recueilli les meilleurs scores sont aussi ceux du RN il n’aura que des miettes. Son appel aux discussions avec ceux qu’il a vilipendés avec son arrogance de roquet… risque de tomber à l’eau car la Marine nationale a 23 millions de dettes à éponger pour ne pas couler. Et cette fois ce ne sera pas grâce à une « russe » de guerre ! « Z » risque bel et bien de devoir reprendre ses prêches fachos pour survivre. Il est même probable qu’il n’aura pas de circonscription susceptible de l’élire au Palais Bourbon. Un fiasco total.

Méfiez vous des grandes déclarations enflammées des prochains jours qui vont aller de celles de la « vierge outragée » à celles du « cocu magnifique » en passant par le dédain du « renard face aux raisins verts de la fable ». Sans caricaturer la situation on peut la résumer par une sentence que Confucius n’aurait pas reniée : « En baissant son froc il est toujours possible d’obtenir du fric ». A méditer !

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13 réponses à Les bons comptes qui risquent de ne plus faire de bons amis

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    « En baissant son froc il est toujours possible d’obtenir du fric »…
    Confucius serait-il le seul à ne pas renier cette sentence ? Et je ne pense pas seulement à la gent péripatéticienne féminine…

  2. b dit :

    la force de ce qui fut l’Union de la Gauche des années 70 et début 80 résidait essentiellement dans le rassemblement de second tour (présidentielle, législatives). Malgré la rupture du Programme Commun, le réflexe d’union a failli de peu donner une majorité parlementaire à la gauche au second tour des législatives de 1978 (ne pas avoir gagné n’était pas une fatalité avait déclaré Michel Rocard… ce qui révélait l’espoir de voir cette union perdurer dans ses réflexes électoraux. Les reports furent excellents en 1981.

  3. DGN dit :

    Pour ce cas, cher Jean-Marie, rien n’empêche un accord contenant une répartition » raisonnable » du retour financier espéré ! …… Parce que, oui, pour faire de la politique, il faut des sous. C’est ainsi qu’on garantit à minima la possibilité d’une démocratie.

  4. Philippe Labansat dit :

    La longue et douloureuse agonie de nos institutions fait pitié, et peur à la fois.
    Plus grand chose ne tient debout, et les simagrées des « vainqueurs », repris complaisamment par les media, ne trompent pas grand monde…

  5. facon jf dit :

    Bonjour,
    très bonne analyse où l’on peut constater que les grandes idées s’effacent devant la comptabilité.
    En attendant les rassemblements, plus ou moins désintéressés, on peut se pencher sur « Qui a voté pour qui ? : on analyse cet étrange second tour ».
    https://elucid.media/politique/qui-a-vote-pour-qui-on-analyse-cet-etrange-second-tour/?mc_ts=crises
    bonne journée

  6. christian grené dit :

    M’sieur, « Sur mes cahiers d’écolier/Sur mon pupitre et les arbres/Sur le sable sur la neige/J’écris ton nom »: Libertaire. C’est mon copain Paulo qui m’a soufflé ça. Il sait parce qu’il est pas idiot, lui qui redoute le piège à cons inventé en… 1968, que voter, même si ça rime, ne signifie pas liberté. Faut toujours du fric. Imaginez juste qu’on imprime un jour des bulletins de 5, 10, 20 ou 50 euros à l’effigie de Zemmour ou de Dupont-Aignan, Artaud ou Poutou.
    S’cusez-moi! J’en peux plus d’entendre parler d’élections. Et Coluche qu’est plus là!

  7. christian grené dit :

    Je vous prie toutes et tous de me pardonner. En me relisant, j’ai rien compris à ce que j’ai écrit et ça ne tient pas à mon hydrophobie. Covid + Ukraine + Elections, j’en peux plus!…

    • Laure Garralaga Lataste. dit :

      @ à Christian
      Si je ne suis pas en capacité de te pardonner… Je veux bien excuser ta fatigue due au Covid, à l’Ukraine et aux élections… !

  8. Vincent dit :

    Alors, je ne sais pas si EELV, le PC et très bientôt le PS ont baissé leur froc comme tu le dis, mais cette Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale me redonne le goût de la politique et pour qu’enfin on puisse espérer de réelles mesures politiques de gauche mises en oeuvre dans quelques semaines…
    On peut penser ce que l’on veut de JLM, mais il aura tout de même permis de réaliser ces accords programmatiques en quelques jours, sur la base d’un programme travaillé depuis de nombreuses années, et en mettant son mouchoir sur toutes les attaques dont il a été victime durant la campagne par ses nouveaux meilleurs copains… 🙂

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