Le gaz au coeur du conflit ukrainien

Décidément l’Europe traverse une période désolante car elle sert de révélateur à des décennies d’erreurs manifestes prises sans aucune référence aux valeurs fondatrices de cette communauté ayant jusqu’à présent réussi à éviter un conflit sur son territoire. D’interminables réunions tentent d’élaborer des postions unanimes entre des nationalistes outranciers, des ultra-libéraux mouillés jusqu’au cou dans la recherche du profit pour leurs castes, des sociaux-libéraux-démocrates frileux et des réactionnaires bon teint. Les compromis toujours scellés après des heures de palabres n’ont aucune influence réelle sur la course folle du monde.

Ainsi depuis quelques jours, une nouvelle riposte à la Russie mobilise les énergies des ministres incapables de se mettre d’accord sur le renoncement au gaz et au pétrole en provenance de la fédération poutinesque. Entre ceux qui ont déjà perdu l’alimentation via les cordons ombilicaux énergétiques (Pologne, Bulgarie), ceux qui sont sous perfusion leur évitant une anémie économique, ceux qui bravent en expliquant que ils peuvent se passer des énergies fossiles, la cacophonie est totale. Aucune décision claire n’a été prise puisque l’on se serait accordé sur un « arrêt progressif » de telle manière que tout le monde puisse continuer à mener les achats à sa guise.

La menace du refus du pétrole ou du gaz russes n’a plus de sens réel car la guerre sur le territoire ukrainien risque de durer de longs mois voire des années. Tout le monde semble avoir oublié que les gazoducs traversent encore le pays de Zelenski. Ou plutôt la vérité tout le monde le sait mais s’évertue à ne pas l’évoquer. Il suffit donc que les agresseurs ferment un robinet ou deux et le débat sur la rupture de l’approvisionnement devienne obsolète. Comme les tuyaux et les centres de transit sont tombés aux mains des occupants ils viennent de ramener les 27 à leurs insuffisances. En fait le problème est bien plus complexe pusique l’Ukraine joue un rôle dans la distribution de cette énergie indispensable à l’industrie allemande. 

Or hier le volume de gaz russe transitant par l’Ukraine vers l’Europe a fortement diminué, une première depuis le début du conflit. L’Allemagne, très dépendante de l’énergie russe, a ainsi vu la quantité acheminée chuter de 25% après que l’Ukraine a décidé de mettre un terme au transit du gaz russe vers les régions de l’est occupées par la Russie. Kiev demande qu’il soit réorienté vers un autre passage. Résultat ce n’est pas l’UE qui « diminue progressivement » ses demandes mais l’Ukraine qui le fait à sa place.

Plus question en effet pour l’opérateur ukrainien des gazoduc, OGTSOU, de faire transiter du gaz russe dans ces territoires où se trouvent les installations de Sokhranivka et Novopskov, dans la région de Lougansk. C’est par ces installations que passe un tiers du gaz russe destiné à l’Europe. L’opérateur demande que le gaz soit orienté vers un autre point de passage, à Soudja, qui se trouve dans les territoires contrôlés par Kiev. Malgré l’invasion du pays par la Russie, l’Ukraine a, jusqu’à présent, continué de permettre l’acheminement de l’hydrocarbure jusqu’à l’Europe. Il semble que cette tendance soit revue comme si l’on voulait forcer la main aux états européens les plus dépendants.

Des solutions se construisent à la hâte avec la Norvège et via les ports néerlandais. Comme la période d’utilisation du chauffage touche à sa fin, les besoins en Allemagne baisse et la pénurie ne menace pas car des réserves ont été constituées. Il n’en reste pas moins que si le conflit dure cette situation deviendra très incertaine. Il faut rappeler que l’agence allemande de l’énergie est l’une des principales clientes européennes du gaz de Sibérie Berlin a toutefois réussi à diminuer sa dépendance énergétique à Moscou qui est passé de 55% à 35% ces dernières semaines. L ‘objectif de sevrer Poutine des ressources financières procurées par les pays de l’UE prend une nouvelle tournure car les Ukrainiens entrent dans la danse. D’ici à ce qu’un missile s’égare sur un gazoduc et l’affaire serait entendue.

Par ailleurs l’enjeu de la maîtrise de la Mer noire apparaît plus clairement quand on sait que derrière la possession du Sud de l’Ukraine et de son littoral se cache l’exploitation d’immenses réserves de gaz. Elles sont plus accessibles et surtout aux portes de l’UE via la Roumanie elle-aussi concernée par ce pactole. La bataille pour l’île aux serpents avant celle pour Marioupol n’est que l’illustration de ces motivations cachées.

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13 réponses à Le gaz au coeur du conflit ukrainien

  1. Philippe Conchou dit :

    Il n’est pas certain que le commun des mortels dont je fais partie soit conscient de la mainmise de la Russie sur l’énergie européenne. En ce sens ton texte est très éclairant.

  2. J.J. dit :

    Voilà ce qu’il arrive quand on joue les toutous avec les USA, que l’on ne tient pas ses promesses et qu’on laisse proliférer l’ organisation scélérate qu’est l’OTAN.
    Les étasuniens ont tout intérêt à faire durer le plaisir et se poser en sauveurs mercantis, en nous vendant à un prix prohibitif aussi bien financier qu’environnemental un produit que l’on pouvait se procurer à un prix relativement avantageux.
    En fait tout part du caca nerveux qu’ont fait les USA à propos de Nord Stream 2 qui a couté des milliards d’€ et qui ne servira à rien.
    Au secours, les Shadocks sont de retour !

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    On ne nous dit pas tout… ! Principe n°1 qui nous régit puisque l’Europe est en guerre larvée .

  4. Bernie dit :

    Ce matin, j’écoutais Michel Édouard Leclerc qui disait que les ruptures d’approvisionnement dans les supermarchés était dû à du surstockage par les restaurateurs.
    Non ce n’est pas la guerre en Ukraine qui provoque le manque d’huile de Tournesol et de Colza. Les supermarchés ne savent pas faire
    du commerce pour tout le monde. Ils sont capables de mettre des affiches pour limiter la consommation mais c’est tout. Ça s’arrête là. Il aurait peut-être fallu introduire des cartes de rationnement pour que tout le monde puisse avoir ce qu’il désire

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      @ à Bernie
      Avec les cartes de rationnement, pour avoir ce qu’on désire… … vous repasserez !
      Une mamie qui a connu la 2e guerre mondiale !

      • Bernie dit :

        Bjr Laure, avez-vous une idée contre ces mesures de restriction de l’approvisionnement des l’huiles et produits impactés ?

      • J.J. dit :

        C’était le bon temps des erzats, du « café français » à base d’orge grillée, de la caséine enrobée d’un millimètre de chocolat, des bananes séchées (un luxe rare)des bonbons acidulés et collants, qui faisaient partie de la ration des J1 et J2…

        Un jour une personne de notre connaissance nous avait annoncé triomphalement qu’elle avait réussi à se procurer une bouteille d’huile de parasol…

    • J.J. dit :

      Bernie @ »Ils (les supermarchés)sont capables de mettre des affiches pour limiter la consommation mais c’est tout.  »
      Ils ne peuvent pas faire autre chose, ça serait assimilé à du refus de vente …et puni par la loi.

      • Bernie dit :

        @J.J- « puni par la loi » donc les dits commerçants affichent la limitation de consommation (2 bouteilles huile par foyer) et laisse la clientèle se débrouiller et tout ceci est accepté par la loi. Quelle loi ?.
        On parle beaucoup d’inflation. Pourquoi ?

      • Bernie dit :

        @ J.J
        Oui je comprends votre raisonnement. Pour assurer une permissivité de l’huile en grande surface, il aurait été opportun de trouver un système pour permettre à tous les clients d’avoir au moins 1 litre d’huile minimum.

  5. facon jf dit :

    Bonjour,
    le problème du gaz et du pétrole « rouge » la question à 100 milliards de $ qui limite les ambitions guerrières des jusqu’auboutistes aux ordres de l’oncle Sam.
    Cela pose aussi le problème de notre modèle de société junky aux énergies fossiles. Et oui comment se passer de la légion « d’esclaves pétrole » que nous utilisons à l’insu de notre plein gré. Comment approvisionner les grands temples de la consommation le gazole représente 82 % des carburants routiers consommés en France . Les importations de gazole nécessaires à la satisfaction des besoins français proviennent essentiellement de L’Arabie Saoudite, le Kazakhstan, la Russie, le Nigéria et l’Algérie. (source UFIP).
    Alors qu’une jeunesse en mal d’aventures s’en va combattre aux cotés des ukrainiens, d’autres prônent la désertion. Non pas la désertion des champs de bataille mais ils suivent l’appel à la désertion des étudiants d’Agro Paris Tech.
    Cet appel à la désertion est très intéressant et révélateur d’une époque, de notre époque, une époque où il devient très difficile de croire en quoi que ce soit !
    J’extrais de leur déclaration ce passage  » …AgroParisTech forme chaque année des centaines d’élèves à travailler pour l’industrie de diverses manières:
    Trafiquer en labo des plantes pour des multinationales qui asservissent toujours plus les agricultrices et les agriculteurs
    Concevoir des plats préparés et des chimiothérapies pour soigner ensuite les malades causées,
    Inventer des labels « bonne conscience » pour permettre aux cadres de se croire héroïques en mangeant mieux que les autres,
    Développer des énergies dites « vertes » qui permettent d’accélérer la numérisation de la société tout en polluant et en exploitant à l’autre bout du monde,
    Pondre des rapports RSE [Responsabilité Sociale et Environnementale] d’autant plus longs et délirants que les crimes qu’ils masquent sont scandaleux,
    Ou encore compter des grenouilles et des papillons pour que les bétonneurs puissent les faire disparaître légalement… ». Une prise de conscience qui découle de l’escroquerie permanente autour du greenwashing agricole. Une prise de conscience pointant du doigt le problème. Le problème ce sont les gouvernements qui sont désormais au service et sous le contrôle de lobbys si puissants qu’ils en écrivent eux-mêmes les législations.
    La désertion gagne beaucoup de professions et de pays. Aux USA on l’appelle « The Great Resignation » la « Grande Démission » touche des millions de travailleurs et des milliers d’entreprises. Le même phénomène touche la France dans les services notamment les emplois saisonniers.
    Après la pénurie de matières premières, voici qu’arrive la pénurie de main d’œuvre.
    Les patrons découvrent avec effroi ce principe pourtant évident « un être humain qui n’est pas récompensé de ses efforts… ne fait pas d’effort. Tout le reste n’est qu’idéologie. » Un cran supplémentaire vient d’être franchi avec en plus de la juste rémunération vient l’exigence du sens de ce que l’on fait!
    Un dernier exemple avec le recrutement des professeurs des écoles de l’académie de Versailles en 2022 postes à pourvoir 1400 candidats inscrits 800 présents aux épreuves 650. Session 2007 même nombre de postes à pourvoir 6000 inscrits et 3500 présents.
    Tout fout le camp ma bonne dame!!
    bonne journée

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