Ce jour férié où j’ai pu faire mes courses

Depuis bientôt 150 ans la ville de La Réole accueille des courses de chevaux. Rien n’a pu interrompre ce qui est devenu une tradition autour de laquelle se rassemble des centaines de personnes attirées par le spectacle des trotteurs. Depuis des millénaires les confrontations entre les meilleurs amis des hommes ont fasciné les foules avides d’émotions liées à l’incertitude du résultat. Elles ont pris une tournure bien plus pacifique que celle très célèbre des épreuves disputées dans les arènes entre Ben Hur et ses adverses représentant divers peuples présents à Rome. Sur les « petits » hippodromes de province au sol texture béton et au bosselage naturel, s’affrontent en effet les prolos de la race des équidés.

L’élevage français des chevaux de courses est à l’image de la société humaine avec des différences considérables de niveau et de statut. Tous les professionnels savent fort bien que les écuries sentant le pétrole du Golfe ou les profits excessifs dominent tous les secteurs des compétitions équines. Là, comme ailleurs, les moyens financiers conditionnent les résultats grâce au travail essentiel autour des croisements effectués entre les meilleurs éléments déjà repérés. S’il demeure une part de hasard elle tient simplement à la génétique et aux méthodes appliquées à la préparation.

« Vous n’avez aucune chance de trouver aujourd’hui les vedettes de demain explique un passionné mais comme le niveau est assez homogène vous éprouverez l’impression que ce sont de futurs champions. » Et c’est vrai que chaque course avait des allures de Grand Prix d’Amérique. Personne ne doute qu’il a sous les yeux grâce à l’homogénéité des lots constitués par les spécialistes des confrontations de haut niveau. Sur ces hippodromes viennent en effet les « sans gain » et donc des « sans grade » pour tenter d’arracher une modeste dotation qui leur permettra de s’installer sur la pyramide des trotteurs. La quête de quelques centaines d’euros prend dans le contexte économique découlant de la pandémie une importance cruciale.

Les structures des petites villes du monde rural accueillant ces courses sont en effet restées fermées (le pire), privées de public (le moins pire) ou maintenues en activité artificiellement ce qui a bien évidemment pénalisé toute la filière. « Pour survivre un entraîneur doit sans cesse lancer sur les pistes ses pensionnaires pour les faire progresser ou éclore. C’est un travail progressif et assez ingrat car les ressources trouvées par les places obtenues dans les épreuves ne suffisent pas à faire tourner une entreprise. La capacité à donner leur chance au maximum de trotteurs devient donc essentielle. Je viens de la Mayenne avec l’espoir de lancer la carrière d’au moins un des deux chevaux que j’ai amenés. Les frais sont lourds et le voyage très long depuis la Mayenne mais c’est indispensable » avoue un entraîneur.

A l’arrivée à cause d’un incident causé par l’élastique de départ, le protégé sur lequel il comptait a été retardé et n’a pas pu disputer ses chances. « Heureusement l’autre sur lequel je nourrissais peu d’espoir a terminé à la troisième place et a remporté 1 200 €. Ca me suffit car je couvre largement mes frais et le cheval ouvres son compteur ! » A La Réole, grâce aux bénévoles de la Société Hippique, une filière beaucoup fringante que l’on veut bien le prétendre trouve des opportunités de se développer et par ricocher celui des parieurs. Tout le monde cherche l’espoir…denrée de plus en plus rare dans la période actuelle , tant pour les professionnels que pour le public.

Secrets, concentrés, hésitants les adeptes du PMU cherchent sur les programmes une opportunité de gagner au lieux quelques dizaines d’euros. En se présentant au guichet ils annoncent discrètement leur trouvaille « gagnante », « placée » ou « gagnante ou placée », à moins qu’ils n’aient grâce à l’alchimie de l’intuition et de l’analyse, déniché une combinaison plus ou moins complexe dont le facteur cheval X démontre que son auteur en connaît un rayon. Les ménagères de cinquante ans et plus occupent une part importante des files d’attente comme si elles effectuaient leurs emplettes de sensations inhabituelles. Tout s’effectue dans la modération et le calme. Seul le sourire discret des gagnants revenant avec les biffetons en mains trahit le plaisir d’une réussite toujours agréable.

Comme dans toutes les manifestations ouvertes à absolument tous les publics, le poids des derniers mois étouffe encore le plaisir de la (provisoire) liberté retrouvée. Le retour au monde passé devient de plus en plus illusoire car d’autres habitudes de vie ont été construites. C’est indéniable. Le lien social populaire et partagé aura du mal à retrouver ses repères antérieures. Les deux années d’abstinence sociale forcée seront ineffaçables ! Mon après-midi à faire les courses m’a pourtant donné un bol d’air salutaire !

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3 réponses à Ce jour férié où j’ai pu faire mes courses

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    J’ai connu ce temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… : Tous les matins, ma mère « faisait ses courses aux Capucins », grand marché bordelais aujourd’hui disparu !
    Le réfrigérateur ayant remplacé la glacière, le peuple de France ne « fait son marché »
    qu’une fois par semaine dans les supermarchés !

  2. christian grené dit :

    Buenos dias, Laurita mia! Pronto son las doce…
    C’est la tournée du facteur Cheval. Y’aura aussi le douanier Rousseau. T’es invitée.

  3. Bernie dit :

    Bjr, j’ai enfin trouvé de l’huile de Tournesol importée d’Ukraine parce que paraît il ce pays est le 1er founisseur mondial d’huile de Tournesol.
    Il est vrai qu’en regardant les sites internet de chaque enseigne commercial, il y a plein de bouteilles d’huile à des prix intéressants. Mais lorsque que l’on arrive dans le rayon,
    Il n’y a qu’une sorte d’huile à prix unique.
    Sur un panneau d’affichage près du supermarché Mélenchon est tête d’affiche. Cette affiche annonce qu’un autre monde est possible et qu’il fallait bloquer les prix »
    Il y a une nuance laquelle ?

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