Et si la dissolution devenait la rustine obligée ?

La politique fiction reste un art qui doit résister à l’épreuve des faits mais mais elle tente celui qui possède un peu de recul pour observer la vie sociale. Les stratégies à court ou moyen terme constituent la tâche essentielle des conseiller(e)s des puissants et ils inventent des coups de billard à trois ou quatre bandes pour atteindre un objectif paraissant inaccessible. Certain(e)s se plantent lamentablement et sont congédiés avec des gants blancs quand d’autres prennent tout simplement un coup de pied au cul. Il va y en avoir quelques-uns ! Tout l’art de leurs prévisions repose désormais dans le contexte médiatique actuel sur un proverbe réputé chinois voulant que quand « le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ».

En effet après sa défaite cuisante infligée par des urnes funèbres pour son quinquennat « Jupiter » tente de décrocher la lune grâce à une entente même pas cordiale avec le groupe de droite pas tout à fait extrême. Il sait pourtant fort bien que quelques jours après leur succès les néo-députés autant que ceux qui ont de la bouteille du (Palais) Bourbon ne vont pas brutalement rallier le camp de ceux qu’ils ont combattus. Mais peu importe : il lui faut gagner du temps pour étudier toutes les solutions avant de prier quelques ministres de libérer des places. Il n’aura pas trop de mal car les vocations risquent de se raréfier dans un contexte où il faudra déployer des trésors de patience pour arracher un texte législatif. Pour le moment on agite le concept du gouvernement d’union nationale en sachant fort bien qu’il ne permettra de pécher que quelques menus fretins ayant envie de mordre à cet hameçon de la solidarité politicienne.

Il n’est pas inutile d’ajouter que quelques autres joueront à « chat perché » en tentant de conquérir le fauteuil présidentiel et surtout l’immunité pouvant aller avec. Regardez bien les vocations; Pendant ce temps la Nupés va très vite se fracturer. Les postes à l’Assemblée (vice-présidences, questure, commissions) traduiront la triste réalité. Partout les rancœurs vont se manifester. La difficulté viendra du fait qu’il y aura deux scénarios possibles vis à vis du RN : la compromission avec des échanges de services ou la confrontation avec le refus de soutenir leur accession à des responsabilités sensibles, bien rémunérées et surtout dotées de moyens matériels non négligeables. Dans les deux cas la groupe « Ensemble » ressortira gagnant puisqu’il lui suffira de s’abstenir ou de compter les points.

Cette première période déjà entamée avec les déclarations sur la présidence de la commission des finances et l’épisode des groupes séparés va s’accentuer avec la composition du bureau de l’Assemblée. Est-on prêt sur les bancs de la Nupès à voter pour une liste bloquée sans RN ou une autre avec un(e) vice-président(e) susceptible de les représenter dans des manifestations officielles ? A voir mais ça risque de tanguer.

Début juillet les télés auront déjà déversé des tonnes et des tonnes de commentaires et d’analyses sur ces comportements contraires aux bonnes mœurs parlementaires. Le Président aura pour sa part tout tenté, aura démontré sa bonne volonté, aura affiché ses bonnes intentions et son changement le temps qu’il faut. iL sera temps de mettre une Assemblée nationale erratique à l’épreuve avec le texte sur le « pouvoir d’achat ».

N’ayant pas obtenu le droit de gouverner par ordonnance car il lui sera refusé (sauf négociation antérieure sur d’autres sujets) par l’Assemblée, Jupiter et ses disciples clameront que la France sera donc encore plus ingouvernable puisque sans ordonnances et sans décisions parlementaires rien ne peut avancer. D’autant que dans les analyses tout le monde oublie le Sénat majoritairement à Droite et dans lequel le groupe LR jouera un pole clé. Il rétablira ses amendements du Palais Bourbon constituant ainsi une « deuxième lame » que le gouvernement ne maîtrise pas. La Droite dite parlementaire (ce qui ne veut plus rien dire) jouera un rôle  essentiel car positionné dans les deux chambres avec un vrai pouvoir de décision. Elle sait qu’elle est incontournable. 

Qui parle de la commission mixte regroupant à la proportionnelle des sénateur(trice)s et des Député(e)s en nombre égal. Tout finit dans ce cénacle tenu par un sénateur LR rompu aux batailles de textes. Il faudra aussi y scruter les rapports de force. La « majorité présidentielle relative » n’aura là encore, pas son mot à dire ce qui promet encore une belle cacophonie. Faute d’accord le dernier mot revient constitutionnellement à l’Assemblée nationale et donc replongera l’exécutif dans une nouvelle empoignade incertaine. Imaginons ce que va être par exemple dans cette situation le vote de la loi des finances (budget de l’Etat) dont la discussion dure déjà des semaines et se termine parfois en temps normaux, dans la nuit du 31 décembre !

La dernière page de la politique fiction, découlera de toutes les autres. La bourse s’effondrera, l’inflation galopera, la croissance déesse suprême du libéralisme sera au point mort, la commission européenne toquera à la porte en réclamant des mesures promises avant les élections, une bonne crise financière mondiale surgira, une guerre ukrainienne qui ne finira pas et les polémiques enfleront grâce à une concurrence entre des ennemis soucieux de préparer la prochaine échéance qu’ils vont s’évertuer de créer : la dissolution ! Certains l’envisagent déjà et annoncent des candidatures de revanche.

La campagne du cinquième tour devrait donc intervenir vers mars 2023 mais il faudra que la situation soit bien pourrie. Attention tout reposera alors sur la crédibilité des comportements dans la période qui s’ouvre. Et là… ce n’est pas gagné car c’est le maître de l’Elysée qui détient le pouvoir de choisir le moment où il appuiera sur le bouton !

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16 réponses à Et si la dissolution devenait la rustine obligée ?

  1. J.J. dit :

    Si la gauche vraie, au lieu de cultiver un égoïsme morbide, mettait dans sa poche ses petites susceptibilités, sans se perdre en minauderies de gazelles et savait se rassembler dans une union de Salut Public, il pourrait en être tout autrement !
    Mettre en péril l’avenir commun pour satisfaire son petit égo mesquin à l’avenir étriqué est indigne.
    Et on nous la rejoue à tous les coups.

    • Philippe Conchou dit :

      rien de nouveau sous le soleil si ce n’est que ce b….l vient des abstentionnistes, alors qu’ils se demer…t

      • J. J. dit :

        Les abstentionnistes, ce sont des décisions lamentables, comme le non respect des résultats du référendum sur la Constitution Européenne, ce sont les slogans insidieux de pseudo gauchistes « Elections pièges à cons », c’est le comportement de certains hauts dirigeants politiques qui se sont conduits et se conduisent comme des voyous et finissent en correctionnelle(et sont néanmoins parfois plébiscités par des personnes ayant des intérêts personnels).
        Il faudrait en finir avec cette cinquième république de coquins qui, si elle a eu sa nécessité en son temps n’a plus lieu d’être.

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    Pour sortir le pays de la moïse, voici une proposition de science fiction à Jupiter… »qu’il descende de l’olympe et fasse appel à feu Michel Rocard ! »

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Celui qui doit bien rigoler… c’est « l’homme de fer du Kremlin » !
    Mélanchon deviendra-t-il « conseiller spécial » de Poutine ?

    • J. J. dit :

      Il faudrait arrêter avec le dénigrement systématique de J.L. Mélenchon.
      Pour une fois que quelqu’un se soucie davantage du sort des citoyens que de son propre égo et de son portefeuille, évidemment ça fait peur !

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        @ à mon ami J.J.
        Voici mon pedigree que les moins de 20 ans et même plus ne peuvent pas connaître : 83 ans aujourd’hui, élue dans ma jeunesse pour le compte du courant Rocard au conseil national de Parti socialiste… J’en ai vu des coups tordus ! Et j’ai connu tous ces messieurs et dames du parti…

        • J. J. dit :

          J’ai eu un parcours plus modeste, et quand j’ai pris conscience que j’allais faire partie du panier de crabes des instances du syndicat départemental, j’ai retiré ma candidature.
          J’ai aussi participé aux travaux(un peu comme soutier) de diverses organisations laïques et professionnelles et je n’ai pas toujours été d’accord avec les directions (ou plutôt, les directions n’étaient pas vraiment toujours d’accord avec mes propositions, même purement techniques). J’ai parfois préféré, avec regret mais en paix avec ma conscience, me démettre plutôt que me soumettre.

          • Laure Garralaga Lataste dit :

            @ à mon ami J.J.
            Faut-il parler de modestie ?
            Pour parler juste, n’est-ce pas mieux de parler d’expérience ?

  4. christian grené dit :

    Hé! Pour résoudre une équation, il n’y a pas dix solutions. Euh!

  5. Christian Baqué dit :

    Tout cela c’est bien joli, mais faudrait revenir au fond des choses.
    1. Macron et la macronie ont subi une lourde défaite.
    2. La Vème République va en prendre un grand coup sur le nez, et c’est tant mieux, et même une cohabitation est impossible, pas de majorité.
    3. La NUPES, grâce à Mélenchon (désolé Laure !) est devenue la première force d’opposition, et LFI a 4 fois plus de députés qu’en 2017.
    Des millions se sont donc prononcés pour la rupture. La crise est ouverte, et nous n’en sommes, pour le moment, que sur le terrain électoral…
    A bon entendeur… (ça c’est pour Macron et sa clique).

    • Philippe Conchou dit :

      La nupes c’est l’association de la carpe et du lapin.
      Rousselet en a acté la fin hier matin sur France Inter.
      La première force d’opposition c’est, malheureusement, le RN.

      • J. J. dit :

        Évidemment, la Nupes qui n’agit pas pour son portefeuille personnel n’a pas le même attrait que les partis de grippe-sous dont la seul ambition est de s’unir pour s’en mettre au maximum dans les poches pour le seul plaisir de posséder.
        Ça ne serait pas plutôt Roussel (et non Rousselet, à moins qu’il s’agisse d’un diminutif ?), qui crache dans la soupe sans reconnaître que sans la Nupes il n’aurait probablement pas été élu ?

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