Ici et ailleurs (7) : les dessous d’une maison close

N’est-il pas normal que dans une maison close, tout ce qu’il s’y passe soit secret ? Dans celle que tient Madame Renata  où Stéphane Lartigue a posé « La Bouilloire », une pièce policière bien troussée, tout le monde vit sur les apparences. Tout se passait pour le mieux dans ce « milieu » feutré. La tenancière a certes vécu dans le sillage de son mari Mario le Génois qui ne faisait pas probablement sauter que les banques mais elle affirme être rangée des voitures. Tout va bien jusqu’à ce qu’un « British » prenne une « bastos » dans le buffet. Finie la valse des combinaisons et des arrangements culottés puisque les amoureux de la peau lisse des pensionnaires n’apprécieront pas l’irruption d’un duo de flics chargés d’une enquête qui perdra peu à peu de son caractère traditionnel.

La troupe créonnaise « Grain de sel » a donc donné une représentation de cette œuvre inédite devant un public tenu en haleine par les ressorts d’une intrigue au suspens croissant. Qui a tué Bob, homme d’affaires habitué des lieux ? Les indices sont minces et Rénata veille autant que faire se peut à ce que le personnel de la maison close, la boucle au maximum. Un vœu pieux puisque tout le monde joue au poker menteur dans ce havre où selon la formule consacrée « le client est roi », mais où les murs ont de « grandes oreilles ». Il faudra attendre le dernier acte pour comprendre combien les apparences sont trompeuses… 

Tant Angelino (prestation réussie de Jérémy) le valet dont on découvrira qu’il porte mal son prénom, que Irène la bonne (Anne tient solidement le rôle) à presque tout faire, les employés ont toujours un temps d’avance sur la patronne sans pour autant la trahir. Ce ne sont pas tous deux des souteneurs de l’enquête conduite par la commissaire Moulineau ou l’inspecteur Jack Colombin. Ce dernier n’ayant pas inventé la poudre à empreintes digitales, ne se révèlera pas d’un grand secours pour son chef. Une caricature de flic (campé avec talent par Franck) destinée à casser celle de ces séries télévisées qui envahissent tous les soirs ou presque les écrans des étranges lucarnes . S’il découvre une piste ce n’est vraiment qu’à l’insu de son plein gré. Jusqu’au dernier moment il sera en effet berné par la femme qui le sollicitera finalement pour faire ménage à Monaco quand son chef s’enverra en l’air avec Dick le jumeau de Bob. 

l’enquêtrice en chef (bravo à Justine dont c’était la première apparition sur une scène) aura été antérieurement dessaisie puisque son « papa(y) » Moulineau habitué à venir pécher chez Dame Rénata, ne souhaitera pas que sa fonction de Préfet soit mêlée à cette sombre histoire où un tueur s’est payé une tronche de rosbif. Cette compromission sauvera la « mère maquerelle » en contraignant la police à clore prématurément ses investigations. Les activités annexes de la maison mettront cependant le « bordel » sans dessus et surtout sans dessous. Tous les secrets (passages, fonctions, événements…) voleront en éclats pour mettre en évidence que ce sont les… « services » spécialisés qui ont trouvé un champ clos pour des affrontements autour d’une filière de faux billets que tout le monde connaît mais dont personne ne souhaite parler.

Toute la pièce de Stéphane Lartigue pastiche (au minimum) ou caricature (c’est plus proche du ressenti) ces heures de séries policières dont nous abreuve la télé quotidienne. Deux policiers qui ne respectent aucune des règles scientifiques et éthiques nous rappellent sans cesse les scenarios se voulant réalistes de ces enquêtes meublant les soirées de la France artificialisée. Ripoux sans exagération car c’est par amour, peu regardants sur les circonstances de la mort de Bob Flagerstone, blasés et même lassés sur leur métier le duo femme et homme similaire à bien de ceux que l’on connaît témoigne d’un décalage salutaire.

Autre référence avec une Rénata campée avec conviction et enthousiasme par Marie : celle de l’inoubliable Rénato de la Cage aux Folles. On retrouve dans son jeu quelques points communs. Ses deux comparses, les charmantes demoiselles Chloé (Georgette) et Amélie (Christelle) donnent parfaitement le change durant toute la pièce. La première sera en définitive la grande triomphatrice d’une lutte mortifère apportant un succès à la Pyrrhus… à la France quand la seconde mourra en Russe de guerre. Bien évidemment le dénouement de cette œuvre restera totalement secret… Sachez cependant que la maison close le restera définitivement et que contrairement à la bien-pensance actuelle l’immoralité triomphera. De quoi prendre son pied dans cette affaire de lupanar !

« La Bouilloire » mériterait de rester sur le feu. Dommage en effet qu’elle n’ait été joué que l’espace d’une soirée. Souhaitons donc que la troupe des « Grains de sel » (1) reçoivent des propositions de se produire dans les prochaines semaines et les premiers mois. Bonne humeur et humour décalé garantis.

(1) Contact au 06 78 88 31 71

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1 réponse à Ici et ailleurs (7) : les dessous d’une maison close

  1. Philippe Conchou dit :

    Estomaqué par la prestation des amateurs de Grain de Sel, bravo, félicitations et grand merci pour cette belle soirée

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