Ici ou ailleurs (32) : le tournoi de tous les régicides

La guerre en Ukraine plane sur la salle multisports créonnaise. Depuis l’origine l’Open international du club d’échecs local (1) accueillait en effet quelques grands maîtres qui venaient de Russie et des autres pays de l’Est. Cette année après la période « pandémique » qui avait déjà considérablement ralentit leur participation il n’y aura qu’un seul Ukrainien. Près de 160 joueurs de tous les âges se préparent à passer une partie de leurs journées caniculaires et quelques soirées en ce début août, enfermés dans le grand espace dans lequel évolue d’ordinaire le club de Hand.

La très grande majorité d’entre eux cherchent seulement à assouvir une passion parfois familiale ou héréditaire pour ce jeu dont on se soulignera jamais assez les vertu éducatives. L’un grand rendez-vous de l’été girondin d’une discrétion exemplaire n’a pas d’écho à sa mesure car personne n’en mesure exactement l’importance. Venus de toute la France les participantes et participants renforcent l’image d’une discipline sportive dont la pratique reste ouverte à absolument tout le monde.  Dans bien des pays elle constitue une composante des programmes scolaires obligatoires alors que dans le nôtre son développement ne repose que sur la motivation des bénévoles.

Bien que partie du milieu scolaire (le collège de Créon il y a près de 40 ans) l’initiation à ce qu’il faudrait considérer comme une activité formatrice pour des enfants ou des adolescents zappeurs survit désormais grâce à des dirigeants devenus « historiques ». Quelques débutants de hier sont pourtant devenus les acteurs essentiels de l’Open international d’aujourd’hui et ils ont encore réussi cette année à rassembler un « plateau » extraordinaire pour une ville de la taille de Créon ! Une demi-douzaine de « maîtres » ou des « grands maîtres » figurent encore parmi les engagés.

« Cette année nous accueillons une délégation indienne de jeunes joueurs. Ils sont subventionnés par leur État pour une tournée en Europe. Une liste des tournois a été établie et ils vont de ville en ville. Créon a été sélectionnée ce qui nous réjouit car c’est une reconnaissance qui nous flatte.» explique Didier Bert qui enchaîne en 2022 son vingt-septième tournoi. Mais qui les connaît véritablement la valeur de ces pratiquants figurant dans les classements mondiaux ?

Lors d’un voyage au Chili, sur la Place de la cathédrale de Santiago, sous un kiosque à musique et au pied d’un kiosque à musique, au milieu de dizaines de curieux, des « pousseurs de bois » s’affrontent chaque jour pour « populariser » leur jeu! Formidable impression que ce silence respectueux au coeur des bruits de la ville. Il est assez significatif de constater qu’en France, Canal + diffuse des tournois professionnels de… poker, de fléchettes où l’appât du gain facile fascine des milliers de personnes… Notre société se révèle de plus en plus proche de cette vision de tournois débouchant sur des profits parfois considérables et qui ne concernent qu’un certaine catégorie sociale.

La pédagogie des efforts tactiques permettant de mettre un roi en échec pour le seul plaisir d’anticiper et de créer une stratégie réfléchie et efficace ne passionne guère. Ce 26° Open international offre des perspectives de dépassement exceptionnelles pour celles et ceux qui ne redoutent pas les combats disproportionnés. Le fou ramène n’importe quel adversaire à la raison. Dans le sac de chacun il y a un(e) tour à prendre. Les procédés cavaliers ou non changent la donne. Prendre la reine n’a rien de répréhensible. Mater le roi ne constitue pas un délit. Le rêve d’exploit passe par une minutieuse bataille dans laquelle le mental l’emporte sur la force ! 

En une période où tout le monde ne pense qu’à la facilité et au farniente, tout dans cette salle multi sports nécessite au cœur de l’été effort, concentration, volonté. N’importe quel joueur du plus faible niveau risque de défier un « ténor » par les hasards du tirage au sort de la première ronde qui est en effet intégral : différence d’âge, différence de niveau, différence d’expérience mais la passion du défi transcende parfois des gamines ou des gamins admirables par leur courage et leur volonté. Ils n’ont peur de rien et de personne.

Ensuite, le rêve  finit et il faut convenir que le retour sur son propre niveau s’avère inévitable… et les leçons de modestie se succèdent ! L’essentiel devient alors de décrocher un point ou deux. Cette remise en cause permanente dénote une farouche volonté et une opiniâtreté particulière, d’autant que pour une centaine des participants, la seule récompense espérée risque d’être un tee-shirt ou une excellente bouteille de vin blanc d’Entre Deux Mers ! Mais l’essentiel pour beaucoup était de pouvoir se comporter en « révolutionnaire » en partant  à l’assaut d’une Bastille intellectuelle réputée imprenable. Le cliquetis des pendules rythme des affrontements dans lequel le vrai plaisir reste de se prendre pour David face à Goliath.

(1) Du 1° au 7 août les rondes sont ouvertes au public dans la salle intercommunale Ulli Singer de Créon

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3 réponses à Ici ou ailleurs (32) : le tournoi de tous les régicides

  1. J.J. dit :

    Rappelle nous, grand maître d’où vient le jeu d’échec, et qui l’a inventé.
    El cheikh e mat

  2. christian grené dit :

    Je n’aime pas ce sujet. De la 6e à la terminale, mon bulletin scolaire répétait sans cesse: échec en maths.

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